Le sens du devoir

Le 28 mars, Sergueï Solnetchnikov, commandant de bataillon de 31 ans, s’est jeté sur une grenade lancée imprudemment par un soldat lors d’un exercice dans la région d’Amour, en Extrême-Orient, pour protéger les appelés qui se tenaient à proximité. Le commandant n’a pas survécu à ses blessures.

Selon les témoins, la grenade a fait ricochet sur un rempart de sable et est retombée aux pieds du conscrit qui l’avait lancée. Solnetchnikov a violemment poussé le soldat et couvert la grenade de son corps. Il est mort deux heures plus tard sur la table d’opération.

Sergueï Solnetchnikov a été nommé héros de Russie à titre posthume par Dmitriï Medvedev. Une rue de Blagovechtchensk, capitale de la région Amour, portera désormais son nom. Les parents de Sergueï ont reçu 100 000 roubles et une invitation à venir se reposer gratuitement dans un sanatorium de la part d’Aman Touleev, gouverneur de la région de Kemerovo. C’est dans cette ville de Sibérie occidentale que Solnetchnikov avait fait ses études militaires. De son côté, le chef de l’antenne locale de Russie Unie à Volgograd, où résident les parents de Solnetchnikov, a assuré dans une interview que « la famille du héros ne vivrait pas dans le besoin ».

Le conscrit qui a provoqué l’accident, Maksim Jouravlev, est poursuivi en justice. Ce soldat de 19 ans risque jusqu’à cinq ans de prison pour avoir dérogé aux règles de sécurité et causé la mort par négligence. Suite au traumatisme psychique que lui a causé l’accident, le conscrit est actuellement traité en hôpital psychiatrique.

Héros russe. Père pour ses soldats. Fils le plus tendre du monde. Vrai homme. Meilleur ami. C’est ce que disent de Solnetchnikov, sur les chaînes de télé et dans les pages des journaux, ses camarades de l’armée, amis et parents. « On devrait en faire plus, des hommes comme lui. C’est grâce à eux que la Russie est encore debout. Merci à ses parents. Ils peuvent être fiers d’avoir élévé un héros », écrivent des milliers de gens sur la page de Solnetchnikov dans un réseau social, ponctuant soigneusement leurs messages d’images de bougies, de fleurs et d’étoiles. Condoléances. Gloire éternelle.

En réalité, il n’y avait rien de tout cela. Rien sauf ce bout de terre qui colle aux yeux, sale et nauséabonde. Rien que le froid, la sueur, putain, ce n’est pas possible, chute, feu, oubli. Mourir comme seul moyen de détruire la comédie.

Une réflexion au sujet de « Le sens du devoir »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>