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Réforme des normes comptables : un brin d’espoir

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En 2013, la Russie franchira une étape majeure dans l’alignement de ses normes comptables sur les standards internationaux. Les entreprises étrangères implantées sur le territoire de la Fédération voient cette évolution d’un bon oeil… Témoignages.

Pour les comptables de Russie, il y aura un avant et un après 2013. Dès la fin de l’année 2012, toutes les entreprises seront autorisées à tenir leur comptabilité selon les standards internationaux (IFRS) et à s’affranchir de la documentation imposée par le ministère des Finances russe. « Aujourd’hui, les entreprises étrangères doivent produire deux types de documentation : l’une pour l’administration fiscale russe et l’autre pour leurs actionnaires français », explique, sous couvert d’anonymat, un représentant du Service économique régional de l’ambassade de France en Russie. Et d’une manière générale, la communication des filiales implantées en Russie avec les maisons-mères européennes n’est pas toujours des plus aisées… « Il s’agit avant tout d’une question de langage. Ce qui est clair pour nous en Russie ne l’est pas forcément dans le reste du monde. Il nous faut souvent expliquer les documents au siège français, en précisant par exemple pourquoi telle dépense a été enregistrée à telle période et pas à telle autre… Des détails qui relèvent de l’évidence en Russie peuvent ne pas être compris au-delà des frontières, notamment du fait de cet écart normatif », témoigne Anastasia Solovieva, chef comptable de Powerjet, une société du groupe français Safran à Moscou.

Chez Rosbank, propriété de la Société générale, une équipe entière est actuellement employée à la transcription des documents comptables russes en langage international, qu’utilise notamment la France. « Nous avons deux équipes complémentaires : la première se charge des questions de comptabilité locale et l’autre des déclarations IFRS [selon les standards internationaux, ndlr]. Au quotidien, tous nos documents sont établis conformément aux normes comptables russes (RAR) puis,  chaque mois, transformés pour répondre aux impératifs des normes internationales. Cela nécessite des retraitements de données, des contrôles spécifiques et, bien sûr, une équipe très qualifiée dédiée à cette tâche », confie Alekseï Tchoukhlov, vice-président du conseil d’administration de Rosbank.

Et de poursuivre : « Les standards comptables locaux sont la base de la fiscalité d’un pays. Il est donc naturel que l’administration fiscale travaille avec les normes dont elle a besoin. Quand vient la période de déclaration – chaque mois, trimestre ou année –, les entreprises peuvent toutefois établir des comptes IFRS en s’appuyant sur l’information primaire enregistrée selon les normes comptables locales. La transformation peut être plus ou moins longue mais le délai final tient plus au degré de complexité des activités de l’entreprise qu’aux différences entre les normes comptables russes et internationales. »

2013 : l’horizon s’éclaircit pour les comptables

Ces manipulations comptables devraient s’alléger en 2013 et la nouvelle législation offrira plus de liberté aux entreprises dans la production de leurs documents. « Chaque chef d’entreprise pourra adapter sa documentation primaire à ses besoins. En respectant certaines règles, bien sûr, mais avec une forme plus libre qu’actuellement – quand le livre des formes russes doit être suivi à la lettre sans possibilité d’interprétation », confirme Anastasia Solovieva. L’avantage ? « Une entreprise qui travaille avec la France, par exemple, pourra décider de modifier ses documents comptables afin de les rendre plus accessibles pour la maison-mère, en créant par exemple des versions bilingues. »

Un espoir partagé par Natalia Kashina, chef comptable du groupe LVMH en Russie : « Cette nouvelle législation facilitera la communication avec le siège français car nous pourrons adopter, ici en Russie, des formes de documents courantes en France. » Pour elle, là n’est pas le seul bénéfice à attendre de cette réforme. « Tout d’abord, la situation actuelle impose une quantité supplémentaire de collaborateurs. Une partie d’entre eux travaille en effet exclusivement à transformer les données des formulaires russes en données conformes aux standards IFRS. Avec le rapprochement des normes, tous les collaborateurs qui étaient chargés de la comptabilité russe devront établir leur comptabilité selon les standards internationaux. Avec moins de contraintes en terme de tranfert d’informations, la comptabilisation sera plus rapide et plus efficace », explique-t-elle. Plus généralement, Natalia Kashina estime que chaque chef comptable « disposera de de plus de temps pour analyser les phénomènes financiers et l’économie de la société – au lieu de le perdre à suivre scrupuleusement les instructions administratives… »

France et Russie : deux cultures comptables

Témoignage d’Anastasia Solovieva, chef comptable de Safran-Powerjet à Moscou : « Je travaille pour des entreprises françaises depuis douze ans et traite, au quotidien, de comptabilité russe et de comptabilité française. J’ai effectivement noté des différences. Un exemple : si l’on n’a pas reçu une facture ou tout autre document concernant un service mais que l’on est certain qu’il a été rendu, la comptabilité française permet de provisionner les montants à payer. Tandis que la comptabilité russe l’interdit. Car sans document justificatif, on ne peut strictement rien comptabiliser en Russie.

Généralement, dans la pratique française, on comptabilise toutes les factures reçues – cela alourdit le travail du comptable mais offre, dans le même temps, plus de visibilité sur ce qui a été payé ou pas. Dans la comptabilité russe, en revanche, quand on reçoit une facture, l’analyse est faite à part – dans un fichier annexe par exemple, mais pas dans la comptabilité. Concernant les factures, il y a donc moins de traçabilité.

Quant au reporting, enfin, il est trimestriel en Russie – alors qu’il est annuel en France. À nouveau, la pratique russe est plus lourde pour le comptable mais, en même temps, elle nous discipline. Même si la collecte des documents peut prendre du temps. »

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