Pourquoi ils ont tort !

“Pour la troisième fois, nous ne donnerons pas (nos voix) à Poutine” : un slogan du mouvement LGBT, samedi 4 février à Moscou – Photo Benjamin Hutter

Les Russes qui ont défilé le 4 février dernier sur la rue Yakimanka et chanté en chœur avec Iouri Chevtchouk sur la place Bolotnaïa Je rentre au pays, je rentre en Russie. Ils peuvent dire qu’elle n’est plus toute belle – nous, on l’aime telle quelle ne méritent pas que des bravos. On peut, au risque de se retrouver à prêcher dans le désert, leur adresser toute une série de reproches. Ils ont, d’abord, la mémoire courte : en clamant leur « ras-le-bol » de Poutine, ils oublient que c’est pourtant sous son « règne » qu’ils ont pu s’offrir la belle voiture qu’ils ornent désormais d’un ruban blanc pour faire le tour du Koltso anti-poutinien ou encore le dernier iPhone qui leur permet de suivre en temps réel les préparatifs de la prochaine manif’. L’embourgeoisement de la société russe – pour parler polit-correctement, l’apparition d’une classe moyenne représentant aujourd’hui près de 11% de la population – a eu lieu sous et grâce à Poutine. C’est lui qui a orchestré une distribution plus large de la rente pétrolière, sur laquelle vivent précisément les nombreux médias, bureaux de design et autres agences de com’ employant une partie conséquente des manifestants.

Outre cette tendance amnésique, on peut reprocher aux Russes de la place Bolotnaïa le peu d’intérêt qu’ils manifestent envers la politique même de ce Premier ministre devenu objet de toutes les haines. Soyons clairs ! Si les manifestants déclarent « en avoir marre » de Poutine et de son régime, ce n’est certes pas parce que le gouvernement prépare actuellement une loi qui rendra l’enseignement secondaire semi-payant ou prévoit de supprimer les subventions pour les villes monoindustrielles. Dans leur écrasante majorité, nos néo-militants ont de quoi payer des cours particuliers à leurs petites têtes blondes – qui jamais, au grand jamais n’auront à aller travailler sur la chaîne d’une usine sidérurgique de province. Ce que les manifestants de décembre reprochent à la Russie de Poutine, c’est de ne pas ressembler assez à la France ou à la Grande Bretagne – où l’on protège le patrimoine architectural, où l’air est plus pur, où les gens roulent à vélo et sont vraiment cools.

On ne le leur contestera pas : la réalité russe, c’est autre chose. Ici, toujours et partout la même grisaille – HLM, brouillard enfumé, embouteillages monotones. Pas de tri sélectif mais un paquet d’usines pas désaffectées. Des flics qui n’ont pas appris à sourire mais se souviennent des bonnes vieilles méthodes élaborées dans les caves de leurs prédécesseurs (Dernières nouvelles du front : le 22 janvier 2012, Nikita Leontiev, 15 ans, a été tabassé à mort dans un commissariat de police pétersbourgeois ; le policier Denis Ivanov, qui a reconnu avoir achevé l’adolescent, a été arrêté). Les élections sont falsifiées et les routes défoncées ; la plupart de « nos chers concitoyens » sont pauvres, bêtes et cruels.

Par bonheur, on trouve en Russie, à côté de ces masses barbares, une poignée d’individus intelligents et sensibles. Sauvés ! Forts de leur conscience civile, ils s’habillent créateurs scandinaves, mangent « fermier » et ne regardent pas la télévision – conçue, comme chacun sait, pour les ouvriers de l’Oural et autres petits fonctionnaires de Russie unie, avec qui les manifestants de la place Bolotnaïa n’ont surtout rien de commun. C’est du moins ce qu’ils croient. Et c’est là qu’ils se trompent. Ils ont cependant une excuse : nombreuses sont les générations de Russes de « l’élite » à avoir, avant eux, commis la même erreur.

La Russie ne se dédouble pas

À commencer par les aristocrates du XIXème qui, parce qu’ils parlaient français, lisaient Pouchkine et avaient des vues politiques, s’imaginaient n’avoir rien de commun avec le peuple sauvage, obtus, soumis. « La vie des marchands, cochers, séminaristes et moujiks me semble monotone et ennuyeuse, écrivait Lev Tolstoï à l’âge de 38 ans. Tous les actes de ces gens reposent, en grande partie, sur les mêmes ressorts : jalousie envers les couches sociales plus heureuses, cupidité et passions matérielles. La vie de ces gens est dénuée de beauté. Je ne m’en cache pas – je suis un aristocrate. Depuis l’enfance, j’ai été éduqué dans des sentiments d’affection et de respect envers toute chose raffinée – que ce fût Homère, Bach et Raphaël ou simplement des mains propres, de beaux habits, une table bien garnie. Je suis aristocrate parce que je ne peux pas croire dans la grande intelligence, le goût raffiné ou l’honnêteté suprême d’un homme qui met les doigts dans son nez. » Tolstoï dit tout haut ce que tous pensent tout bas. Les aristocrates ont le sentiment d’incarner une Russie meilleure, libre, fine, noble et animée d’un esprit particulier – qui tente de survivre au sein de la Russie majoritaire, masse noire sans âme, esclave, grossière, profondément matérialiste. Le départ un peu précipité de la « crème de la société russe » après les événements qu’on sait n’arrange rien. Les dissidents soviétiques reprennent le flambeau et se mettent à incarner courageusement, au milieu de la sempiternelle masse ignorante et soumise, « l’esprit, l’honneur et la conscience » de leur temps. C’est trait pour trait le même esprit qui anime les militants d’aujourd’hui, leur combat pour des élections justes et des pistes cyclables. Persuadés d’être « Européens dans l’âme », ils luttent, en manifestant, contre la Russie « asiatique » – avec ses fraudes, ses clans et ses mafias et que, selon eux, Poutine et les gens qui le soutiennent incarnent à merveille. Sauf que cette Russie « asiatique » est tout aussi vivante dans l’âme d’un manager branché de chez Yandex que dans celle d’un ex-taulard de Novokouznetsk. La différence, c’est que le premier la bâillonne, tandis que le deuxième s’extasie de ses ravages. La vérité, c’est que la Russie ne se dédouble pas ; il n’y a pas des Russes « civilisés » et d’autres Russes « barbares » – il n’y a qu’un seul peuple, mû par les mêmes instincts et aspirations. La vérité, c’est que la majeure partie des Russes, arrivés en haut de l’échelle sociale, refoulent au plus profond de leur être le souvenir même d’avoir été en bas – et, nécessairement, haïssent ceux qui le leur rappellent. Voilà pourquoi les Moscovites – dès la deuxième génération – répugnent à se reconnaître dans les provinciaux, les directeurs d’usines dans leurs ouvriers et les manifestants de la place Bolotnaïa dans Poutine – qui pourtant, créature commune à tous les Russes, porte en lui tous leurs défauts et leurs imperfections. Riches ou pauvres, cancres ou thésards, propriétaires de yachts ou rois des poubelles, les Russes portent tous quelque part en eux un malheureux, un misérable – accablé par l’imperfection de l’univers et habité par un profond malaise qu’ils dissimulent sous une arrogance sans bornes. Peu importe que l’on passe ses journées sur Facebook ou dans les cours d’immeubles : on porte tous le même abîme – et ce qui nous distingue les uns des autres, c’est juste la façon dont on en transmet l’écho  au monde.

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10 thoughts on “Pourquoi ils ont tort !
  1. pravochka

    Pour fixer un peu les idées, variation entre 2000 et 2008 (les deux mandats poutiniens) de quelques statistiques (sources données et aisément vérifiables).

    1) Tiré de la base de données de la Banque Mondiale (http://donnees.banquemondiale.org/pays/federation-de-russie) :
    - PIB ($US constants) : +66.4%
    - Dépenses publiques en éducation ($US constants) : +131%
    - Dépenses publiques en santé ($US constants) : +59.3%
    - Nombre de voyages à l’étranger : +98.9%
    - Nombre d’enfants par femme : +23.1%
    - Taux de mortalité infantile : -71.7%
    - Chômage : -68%

    2) Tiré de la base de données de Rosstat (http://www.gks.ru/wps/wcm/connect/rosstat/rosstatsite.eng/figures/activities/)
    - % pop. sous le seuil de pauvreté : -53.8%
    - suicides : -30.8%
    - homicides : -39.3%
    - indice de production industrielle des matières premières : +45.7%
    - indice de production industrielle des produits manufacturés : +62.9%
    - production agricole : +231.5%
    - surface d’habitation moyenne par habitant : +14.6%
    - naissances : +35.3%

  2. pravochka

    Jean de la Cordelière, j’ai du mal à croire que vous vivez en Russie. Je n’ai que parcouru votre prose (assez indigeste, indépendamment de votre opinion) pour voir des perles comme “les infrastructures hors des grandes villes ne seront pas rénovées, le niveau culturel continuera à se dégrader, les enseignants et les médecins à être sous-payés, les bibliothèques ne seront pas rénovées”. Etonnant. Vous savez pourtant bien que sous la démocratie assistée par l’occident (Eltsine et ses chicago boys), le salaire d’un enseignant était virtuellement nul (entre l’inflation et les arriérés de salaires de plusieurs mois). Sous Poutine, les salaires ont commencé par être versé, puis régulièrement augmentés. On peut maintenant vivre de son salaire en étant enseignant (assez bien si on a son logement, ce qui est la norme). Vous addressez cependant des critiques assez juste à Poutine (capitalisme outrancier), qui malheureusement, comme le souligne précisément l’article, ne sont pas dénoncées par les manifestants (qui, quoique vous en disiez, sont qd même essentiellement la classe moyenne supérieure russe – ne serait-ce que parce qu’elles ont lieu quasi exclusivement à Moscou). Et, pire, ces critiques peuvent être formulés envers la France ou tout autre pays “démocratique”. Le salaire d’un enseignant français est, ramené au niveau de vie, déjà inférieur à celui d’un enseignant russe.

    1. Jean de la Cordelière

      Les conversations des moscovites en cette période pré-électorale, ont pris un tour inattendu, en comparaison des précédentes élections auxquelles personne ne s’intéressait :
      Telles étaient les conversations de mes voisines de table d’entre 20 et 30 ans :
      « Je travaille à Gazprom, ma chef est venue me voir et m’a dit : « Il faut aller à la manifestation de soutien à Poutine… » . Je lui ai dit qu’elle n’avait qu’à aller se faire voir, mais tous les autres y sont allés, car ils ont peur de perdre leur emploi. Toutes les institutions qui dépendent de prés ou de loin de l’état « incitent » leurs employés à voter Poutine et à participer à ces actions. Tout ceux qui y sont allés, ont reçu une tulipe pour fêter « poutinement » le premier jour du printemps (le 1er mars)…Mon grand-père était un pionnier de l’extraction gazière en URSS, il a pratiquement créé Gazprom de ses propres mains, avec son intelligence et son savoir faire, et maintenant ces usurpateurs (l’état NDLR), qui affirment que Gazprom leur appartient, veulent en plus me dicter ce que je dois faire et pour qui je dois voter. Je vais à toutes les manifestations d’opposition… »
      Conversation de la table d’à côté : « Dans mon institut, les profs ont dit aux étudiants qu’ils « feraient bien » de voter Poutine, parce que ça rapportera des financements à l’institut, dont une partie sera reversée aux orphelins. Ils nous prennent vraiment pour des moutons. Je n’irai pas… » Son interlocutrice : « Le jour des législatives, ma voisine, qui ne voulait pas aller voter parce qu’elle n’y voyait aucun intérêt, est allée faire une promenade. En revenant chez elle, elle s’est retrouvée par hasard juste devant le bureau de vote, puis ayant constaté qu’il restait 5 minutes avant la fermeture dudit bureau, elle est y entrée. Quelle ne fut pas sa surprise, lorsqu’ayant présenté son passeport, le secrétaire en charge lui annonça qu’elle avait déjà voté (pour qui, on le devine aisément)… Mon apolitique voisine se transforma alors en un véritable Danton, une passionaria déchainée exigeant le respect de ses droits de citoyenne et fustigeant les fraudes électorales… Pour la calmer, on l’a emmenée derrière un paravent où, en lui tendant un billet de 5000 roubles, on lui a dit : « Tenez, prenez, et surtout ne dites rien à personne. Depuis, elle en parle à tout le monde et participe à toutes les manifestations ! »
      Et ainsi, à l’infini… À chaque table de chaque café étudiant ou restaurant un peu bohème du centre de Moscou, dans les universités, les écoles, et sur les réseaux sociaux, les conversations ne tournent qu’autour de ce sujet. Qui a été à la dernière manif’, comment s’était, et qui se rendra à la prochaine. Qu’est-ce qui va se passer après le 4 mars… Comme si les russes, et en particulier la jeunesse, s’étaient tous en même temps réveillés d’un long sommeil. D’ailleurs, la résistance civile s’organise. Un groupe de metteurs en scène anti-Poutinien à publié sur internet une série de clips expliquant avec humour le comportement que doivent avoir les observateurs dans les bureaux de vote. Le journal « Afficha » habituellement consacré à la vie culturelle de Moscou (l’équivalent de ce qu’était « Zurban » pour Paris) a édité un numéro spécial-élections, avec des analyses et des interviews de citoyens prises sur le vif dans la rue, ainsi que des leaders de tous bords, comme si la vie intellectuelle, retranchée dans une passivité semi-clandestine depuis 2000, avait soudain été dopée par la politique.
      D’un autre côté, une partie de l’intelligentsia artistique (acteurs, metteurs en scène, chefs d’orchestre de renom) s’est liguée pour soutenir Poutine, car (ils ne le cachent pas) ils ont peur de perdre leurs avantages : qui les subventions d’état pour son festival, qui les financements pour son prochain film, qui le soutien pour son théâtre, son orchestre… On pourrait croire que le robinet des roubles est manié par une seule et même main. Cependant, la raison historique en est beaucoup plus triste : ces personnalités du monde artistique ont peur, peur de perdre leur statut, peur du changement, peur de l’avenir, et cette peur les pousse à se contenter de ce qu’ils ont (qui n’est pas rechigner), à lécher les bottes du pouvoir, à écraser ceux qui voudraient aussi se faire une place au soleil. Rien de nouveau, direz-vous. Sauf qu’en Russie, cette peur pousse beaucoup d’entre eux dans les contradictions les plus flagrantes, à encenser celui qui d’un coup pied peut les jeter à terre sans prévenir, à proclamer publiquement des opinions contraires aux leurs… à attendre que d’autres vraiment courageux, et qui n’ont pas peur renversent la vapeur du pouvoir, pour les encenser avec la même verve, se mettre à leur suite, et accrocher leurs wagons à la locomotive de l’histoire…Ainsi va le monde !
      Moscou, le 2 mars 2012
      Jean de la Cordelière

  3. Jean de la Cordelière

    Je me permets de vous écrire, pour vous exprimer le sentiment de désapprobation qu’a provoqué en moi la lecture de votre article « Pourquoi ils ont tort » du numéro 205 du Courrier de Russie, dont vous êtes la rédactrice en chef.
    Tout d’abord, je me présente, puisque, ainsi que j’ai pu le comprendre dans votre article, les êtres humains et en particulier les russes sont classés, je cite : « en managers de chez yandex et autres agences de com’, qui possèdent une belle voiture ornée d’un ruban blanc pour faire le tour du koltso anti-poutinien, et le dernier iphone pour suivre en temps réel les préparatifs de la prochaine manif’», et en « masse noire et sans âme, esclave, grossière, profondément matérialiste, de travailleurs à la chaîne dans une usine sidérurgique de province » ; suivant la même logique, les français en Russie sont par conséquent, soit des fonctionnaires d’ambassade ou des directeurs de sociétés implantées qui vivent à l’occidentale et ne comprennent rien de rien à la réalité russe, soit des français « assimilés » qui luttent avec le bon peuple russe, comme Carole Pompon et son mari russe, auxquels on a offert 7 heures de salle de sport gratuites pour avoir voté Poutine au bureau de vote du village… Je vous vois d’ici sourire des catégories que vous imposez vous-mêmes aux lecteurs dans votre article, qui lorsqu’elles sont appliquées à un français en Russie deviennent ridicules. Et bien, croyez-moi, je n’appartiens ni à l’une ni à l’autre de ces catégories, et je vis depuis suffisamment longtemps en Russie, pour comprendre ce pays, dans lequel le paradoxe et la contradiction sont la règle de vie. Je fais partie de la catégorie des français installés en Russie depuis plus de 20 ans, j’ai une femme russe et des enfants bilingues franco-russes qui vont dans une école russe où l’on enseigne le français d’une manière approfondie; ainsi, selon vos catégories, j’appartiens à celle de ceux qui envoient leurs « têtes blondes » dans les meilleures écoles, et qui par conséquent ne voient rien, ne savent rien de la Russie profonde, n’ont jamais mis les pieds dans une usine, etc, celle des privilégiés qui sont descendus dans la rue contre le bon Poutine, qui montre la voie à suivre au peuple russe…
    Que vous fassiez le panégyrique de Poutine pour sauver votre journal d’une éventuelle censure si Poutine remportait les élections ou par conviction personnelle, cela vous regarde, mais ne me faites pas accroire que tous les russes descendus dans la rue dimanche dernier ( le 26 février) étaient de riches managers… J’y étais (apparemment à la différence de vous), ainsi qu’aux autres meetings, et j’ai bien vu que le public y était extrêmement varié : on y voyait des russes de tous les âges, lycéens, étudiants, retraités, les uns se préoccupant de leur avenir, les autres de celui de leurs enfants et petits-enfants, il y avait aussi les managers dont vous vous moquez, il y avait des gens simples et d’origine modeste autant que des riches « ayant fait fortune sous et grâce à Poutine » comme l’insinuez… D’ailleurs, qu’est-ce que ça signifie, « faire fortune sous et grâce à Poutine ? ». D’autres, et ce sont les plus riches, l’ont fait sous Eltsine, et d’autres encore ont commencé sous Gorbatchev, continué sous Eltsine, Poutine et Medvedev, et continueront à gérer et augmenter leur fortune sous le prochain président quel qu’il soit ! Et puis, il y a encore une chose que vous semblez ignorer : une grande partie de ceux qui sont descendus dans la rue pour manifester leur mécontentement, entre décembre et février, manifestaient pour la première fois de leur vie. J’ai vu leurs yeux étinceler, non pas de l’espoir d’enrayer la corruption, mais du seul fait qu’ils osaient, ensemble, au grand jour, exprimer leur mécontentement contre une société qui ne leur offre aucun avenir…Et c’est cela l’essentiel… Vous dites « qu’ils se trompent » de sortir dans la rue avec des roses blanches, des ballons et des rubans blancs, et des sourires jusqu’aux oreilles, qu’ils se trompent d’être jeunes et de vouloir croire en autre chose que le règne de l’argent et de la corruption imposé en règle de vie par Poutine et ses gouvernements, qu’ils se trompent de penser qu’en Russie l’idée démocratique de contrôle du pouvoir par le peuple, ne serait-ce que par des élections honnêtes, est applicable et doit être appliquée, qu’ils se trompent d’être le seul avenir possible de ce pays « qu’on ne peut pas comprendre par l’esprit, et dans lequel ils veulent croire », dans lequel le paradoxe sert de pain quotidien. Ce pays situé entre l’Europe et l’Asie, dans lequel se rencontrent et se mélangent deux cultures et visions du monde fondamentalement différentes qui forment son identité protéiforme, creuset dans lequel se moule l’avenir de l’humanité. Tous les grands écrivains russe l’ont dit : la Russie incarne et protège en même temps l’Europe contre le « scythe barbare » (Blok), la Russie a pour mission de sauver la civilisation chrétienne, et c’est dans le peuple à la fois grossier et enclin à la spiritualité, que Dostoïevski trouve l’expression de l’âme russe, ce mélange d’homme sauvage et civilisé. L’âme russe, le caractère russe, la spécificité russe, n’ont jamais changé et ne changeront jamais sous aucun régime, et même si l’on a interdit la religion pendant 70 ans, cette tendance à la spiritualité s’est reportée sur la nouvelle religion communiste…Mais cela est une autre histoire.
    Il est clair que Poutine, qui est pour ainsi dire sorti du néant, car je le rappelle, personne n’en n’avait jamais entendu parler lorsque Eltsine le présenta comme son successeur en 2000, n’incarne pas plus la Russie qu’un autre, et que sa soif de pouvoir n’a d’égale que la corruption à tous les niveaux qui s’est développée et ne cesse de se développer sous son gouvernement. Il est clair que s’il est élu, il continuera d’imposer un modèle de capitalisme sauvage et sans pitié et favorisera les investissements étrangers pour rendre la Russie économiquement compétitive, qu’il consolidera la puissance militaire pour que l’occident respecte la Russie (c’est son dada), et se préoccupera de son image dans les médias aussi bien russes qu’occidentaux ; mais il est clair aussi qu’à l’intérieur du pays, les infrastructures hors des grandes villes ne seront pas rénovées, le niveau culturel continuera à se dégrader, les enseignants et les médecins à être sous-payés, les bibliothèques ne seront pas rénovées et les livres continueront à y moisir, et que la culture, ce domaine qui ne rapporte rien mais crée l’aura d’une nation (comme la France, par exemple) continuera d’être méprisée, piétinée, et à peine subventionnée par l’état ; il est clair que la corruption et le chaos, sous une apparence d’ordre et de constitutionalisme continueront d’étouffer toute initiative personnelle ; il est clair, qu’on continuera, pour calmer le peuple, d’exalter son patriotisme par le sport, la religion, et d’autres opiums ; il est clair, qu’exploitant cet inclination du peuple russe au culte de la personnalité, Poutine se prend et se prendra de plus en plus pour un tsar de droit divin au pouvoir un et indivisible ; il est clair aussi que tout cela finira par exploser, et qu’une transition démocratique permettrait d’éviter le pire, et le pire, comme chacun le sait, l’histoire l’a prouvé, c’est toujours bien plus terrible en Russie que dans n’importe quel autre pays au monde…
    Vous devez savoir que tous les dictateurs se sont toujours adressés au peuple, auquel ils attribuaient des vertus auxquelles ils ne croyaient pas plus eux-mêmes qu’ils ne croyaient en ce qu’ils disaient, qu’animés d’une soif de pouvoir inextinguible ils ont toujours fini par détruire ceux qui les encensaient. Ainsi vos dithyrambes, n’empêcheront pas un état policier, s’il le jugeait bon pour une raison ou pour une autre, de fermer votre journal…
    Quant à ce qui me concerne, je n’ai pas le moindre espoir que vous y publiiez ma lettre.
    Cordialement.
    Jean de la Cordelière

  4. Pourquoi ils ont raison !

    Le commentaire de Madame Antomarchi est amusant car il est caractéristique des pro Poutine : interrogés sur la situation de la Russie, ils répondent sur la situation… de la France ! C’est d’ailleurs ce que fait Poutine lui-même lorsqu’il est interrogé à l’étranger sur la Russie : il répond sur la situation du pays dans lequel il est interrogé. Ainsi, en juin 2010, interrogé sur la situation des droits humains en Russie – qui, quel que soit le “contexte géostratégique mondial”, est alarmante – il avait répondu sur la situation des droits humains dans les prisons françaises. Il y a en effet beaucoup à dire sur les conditions d’incarcération en France, mais ce n’était tout simplement pas la question ! De même, lorsque Madame Antomarchi répond sur la fermeture de bureaux de vote en France, c’est pour éviter le sujet des fraudes massives en Russie.

  5. Antomarchi Anne

    Les russes, n’ont pas besoin de copier les autres sociétés. Je suis sûre qu’ils vont s’en créer une à leur mesure. Ils sont courageux, instruits, généreux, brillants. Le chemin parcouru depuis 1989 a été long et douloureux. Le travail et les progrès faits ces dernières années sont immenses…conte tenu du contexte géostratégique mondial. Mais la question cruciale est celle-ci ? pourquoi les étrangers et surtout les USA veulent tant que Monsieur Poutine disparaisse de la sphère politique ? et pourquoi une minorité de russes est influencée par des étrangers… veulent son départ ?. Regardez de plus près ce qui se passe dans d’autres pays ? soyez assurés que « l’herbe semble toujours plus verte chez son voisin » un exemple : à voir le nombre de français qui immigrent au Québec…croyant à tort que tout est parfait ? résultat ? 75% des Français retournent chez eux, fauchés, au bout de 5 ans.. Les droits humains ? il y a 100.000 français dans la province… et le gouvernement vient de mettre des bâtons dans les roues aux électeurs français afin qu’ils se découragent et n’aillent pas voter pour les présidentielles (le vote envisagé s’annonce contre Sarkosy) car il est désormais interdit d’ouvrir des bureaux de votes dans les écoles et autres grands centres…cette année, contrairement aux autres élections, tous doivent se rendre au bureau du consulat qui a annoncé qu’il ne pourra recevoir tout le monde. Se mettra en place un système électronique, mais tous ne pourront voter ne sachant trop comment s’y prendre. C’était un petit exemple d’un pays envié qui n’est quand même pas le pire de la planète. La Russie occupant une place particulière dans le monde, je crois que Mr Poutine dans les circonstance actuelle, est l’homme de la situation. Et si les Russes ont des revendications qu’ils les fassent sans passer par des étrangers.

  6. Pourquoi ils ont raison !

    Dieu merci, tous les pays n’ont pas besoin d’un Poutine pour voir se développer leur classe moyenne. Si l’enrichissement et la stabilisation de la société post soviétique se sont effectivement produits, en Russie, sous Poutine, qui peut affirmer que la Russie ne se serait pas développée – différemment peut-être, mieux sans doute – sans Poutine ?
    Il n’y a aucune raison pour que la Russie ne puisse, comme tout pays, se développer dans le respect des droits humains et des libertés fondamentales. Alors arrêtons de lui trouver des excuses (que nous n’oserions donner ni à la Chine ni à d’autres) au nom d’une supposée exception russe. Excuses qui servent, en définitive, les intérêts de ceux qui, en Russie, craignent le progrès.
    Le développement avec Poutine – et c’est bien ce qui est aujourd’hui contesté – s’est limité à l’aspect matériel (produisant les petits bourgeois détenteurs d’iPhones que cet article méprise tant) lorsqu’il aurait pu être, dans un système démocratique digne de ce nom, un développement global de la société russe, dans toutes ses dimensions (développement culturel, social, éducationnel, sanitaire, environnemental…). Mais il n’est sûrement pas trop tard, alors oui, plus que jamais, quelles que soient leur origine et leur condition, les Russes qui battent le pavé contre le système actuel ont entièrement raison !

  7. Baptiste Dumas sur Facebook

    Merci de publier des articles aux opinions divergentes! Je ne prends aucunement position face à la situation en Russie, mais je souhaite réagir: Ces manifestants représenteraient-ils donc la Classe Unie des hippsters-bobos materialistes, snobes et ingrats rêvant de pistes cyclable, du prochain i-phone 5 et reniant les classes « à doigt dans le nez »? Non, comme il est si bien dit, « il n’y a qu’un seul peuple » et je me demande si ces mouvement opposent dialectiquement la « bourgeoisie » au « prolétariat »? Certainement y’a-t-il du vrai dans l’existence d’un fossé géographique et culturelle. Est-il aussi social et manifesté dans ces mouvement? Désolé de poser ces questions, moi qui ne suis pas spécialiste et me permet d’émettre un commentaire sur un pays qui n’est pas le mien mais que j’affectionne tout particulièrement, de Kemerovo jusqu’à Moscou (ou je n’ai pas remarqué que le français était un être superieur et cool). Bien à vous le CDR.

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