Mont-Blanc, mon amour !

Au grand dam de la police locale, Mikhaïl Prokhorov n’organise plus ses soirées de débauche à Courchevel – et la célèbre station de ski est passée de mode auprès des Russes : oligarques, fonctionnaires et toute leur garniture de top-models n’y vont plus. Les véritables amateurs de ski, en revanche, ne se lassent pas de Chamonix. Voyage dans un hiver français à température russe.

Le matin du départ, attaque de panique face à ma valise : je n’arrivais pas à y caser toutes mes Louboutin plus les pulls tricotés, sans parler de l’impossible choix entre une robe décolletée et une paire supplémentaire de chaussettes en laine. Évidemment, le bon sens a perdu la bataille et me voilà, à -20°C, sur la terre promise des skieurs – équipée de ma plus belle paire de talons-aiguilles.

À vrai dire, on n’en a pas tellement besoin – même pour escalader l’Aiguille du Midi. Heureusement qu’il y avait, pour exhiber ma robe préférée, le restaurant Flocons de sel – 3 étoiles au Michelin – à Megève. Avant d’y aller, je me suis tout de même sentie obligée de vérifier auprès de mes amis – n’avais-je pas trop l’air d’une fille de joie dans cette tenue qui fait la part belle à mon dos dénudé ?…

Étant une créature plutôt nocturne, je me suis étonnée moi-même durant ce séjour : levée à 7 heures du matin, cinq heures de sommeil m’ont amplement suffi pour me reposer et courir ensuite, comme une folle, à mes rendez-vous amoureux du matin avec le Mont-Blanc (si j’ai bien compris, c’était lui tout autour). Une tisane de thym bien noire à la terrasse du chalet Le Cerisier – ma modeste auberge d’élection au cours de ces cinq jours. Les incroyables variations de couleurs au lever du soleil, le silence absolu, parfois violé par un cerf égaré… n’est-ce pas là le paradis sur terre ? Un conte de fées au moins, surtout quand un croissant bien croustillant vous attend à l’intérieur.

Foie gras contre blinis

Outre la contemplation du Mont-Blanc, le ski alpin, la raclette, le ski de fond, la fondue, la luge, la tartiflette – je vous laisse deviner quelles activités j’ai préférées –, j’étais venue pour suivre dans son périple le chef russe Vladimir Moukhine.

La société Ten80 Holidays s’est fixé une tâche digne de Diaghilev – faire des Saisons russes à Chamonix. La troupe du Bolchoï étant en tournée, ils se sont rabattus sur Vladimir – célèbre lauréat du prix du meilleur borchtch de Russie – pour faire découvrir la cuisine russe aux montagnards. Imaginez-vous : vous gagnez le concours du meilleur borchtch dans un pays de 140 millions d’habitants, dans lequel un nombre non négligeable de babouchkas maîtrisent la recette à merveille ?!

Je dois aussi préciser que j’étais déjà tombée amoureuse, il y a quelques mois, des pirojkis de Vladimir. Originaire du Sud – donc ma véritable âme sœur –, le chef conserve toutes sortes de recettes traditionnelles de Russie méridionale et, à la différence des gens du Nord, connaît le vrai goût des produits. Bref, vous imaginez à quel point j’étais subjuguée par Vladimir, surtout quand j’ai appris qu’il préparait lui-même son salo (lard) et ses concombres salés.

Un de ces dîners russes s’est tenu au Chaudron, un petit restaurant de la rue des Moulins. Faut-il préciser que les tables étaient toutes réservées depuis un mois ? La communauté britannique prédominait dans la salle, curieuse de comprendre ce qu’est la cuisine russe.

Vladimir a passé la journée entière à cuisiner. Stéphane, le chef du Chaudron, l’aidait tout en prenant des notes sur la recette du borchtch. Pendant que Vladimir préparait ses blinis, Stéphane, en guise d’échanges culturels, lui faisait goûter ses recettes familiales : foie gras et fondue savoyarde. Peut-être que je dévoile ici un secret, mais Vladimir a désormais l’intention d’introduire quelques-unes de ces spécialités dans la carte de son restaurant.

Comment boire correctement

Les amuse-bouches ont fait fureur : Vladimir avait préparé des petits canapés au foie de morue avec une pointe de raifort. Une partie de mes voisins de table ont découvert avec étonnement que la morue avait effectivement un foie délicieux.

L’entrée comportait des blinis – sans quoi personne n’aurait cru à un dîner russe – et une salade de saumon servie dans un pot qui conservait bien la légère odeur fumée.

Le borchtch était servi avec du pain noir (importé de Russie) et du salo. Ce fut l’occasion d’apprendre à mon voisin britannique à boire correctement. Après lui avoir raconté, pour asseoir ma crédibilité, ma visite dans une usine de vodka, j’ai fait un petit historique de la boisson qui, à mon grand étonnement, n’a pas endormi mon interlocuteur.

Le canard, servi avec du céleri, de l’orange et des varenikis aux cerises – le plat de mon enfance ! – a provoqué des chuchotements « C’est vraiment traditionnel, le canard, en Russie ? » Oui, oui, ça l’est – sauf que nous, on le cuit !

L’apothéose de la soirée fut la glace au pain noir. C’était pour moi, je l’avoue, une première. On distinguait bien le goût du pain et, en même temps, c’était une vraie glace, froide et sucrée. J’ai évidemment noté la recette de cette merveille. Enfin, il faudrait sans doute que je commence par apprendre à allumer mon four…

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