Le 24 décembre, 120 000 personnes sont sorties dans la rue Sakharov à Moscou, selon les organisateurs de la manifestation, pour réclamer de nouvelles élections parlementaires et protester contre le régime de Vladimir Poutine, candidat aux futures élections présidentielles de mars 2012. lecourrierderussie.com était sur place. Témoignages.
- La rue Sakharov à Moscou, le 24 décembre 2011, www.ridus.ru
Le Courrier de Russie : Pourquoi êtes-vous là aujourd’hui ?
Larissa, 56 ans, comptable : Le gouvernement m’a dupée. Je fais partie d’une catégorie de citoyens russes qui s’appelle « Participants trompés ». Il y a quelques années moi, comme des milliers d’autres, j’ai investi toutes mes économies dans la construction d’un immeuble où je devais avoir un appartement. L’auteur de la commande était le Ministère de la Défense, donc le gouvernement en personne. Mais le bâtisseur nous a pris tout l’argent et a disparu. Et aujourd’hui, on est sans argent ni appartement. Depuis deux ans je participe à toutes les manifestations de l’opposition y compris le meeting de la place Bolotnaya. Aujourd’hui je suis là parce que je veux davantage de justice.
Natalia, 22 ans, étudiante :
Je suis contre les falsifications aux élections.
Andreï, 59 ans, médecin : Parce que je suis contre ce pouvoir.
Kiril, 23 ans, ingénieur : Parce que je n’aime pas comment se passent les élections en Russie aujourd’hui.
Tatiana, 54 ans, professeur de maths : J’espère que ces manifestations, qui ont lieu non seulement dans la capitale mais aussi partout en Russie, vont faire que le pouvoir se tourne vers ses citoyens.
Youriï, 49 ans, officier de flotte : Parce que je regrette ma patrie. Et quoique j’ai vécu longtemps aux Etats-Unis, j’y suis retourné : quand ta patrie est en galère, tu ne peux pas garder une attitude mielleuse.
Ekatérina, 23 ans, étudiante : Je veux montrer ma position civile d’une façon active.
Le Courrier de Russie : Que pensez-vous de la réaction du gouvernement jusqu’alors ?
Larissa : Le gouvernement a commencé, au moins, à admettre l’existence de nos revendications. Si nous n’avions pas manifesté, rien n’aurait bougé. Auparavant nous avions écrit beaucoup de lettres sur nos problèmes à Medvedev et Poutine – sans recevoir de réponse.
Natalia : Il n’y a pas de réaction. La Douma a commencé son travail malgré les fraudes. Il s’agit d’une négation pure et simple de la réalité des élections – entachées de fraudes.
Andreï : Le gouvernement réagit, mais ce n’est pas suffisant. Il est toujours présent. On doit continuer de manifester pour l’ébranler et l’expulser.
Kiril : Je vois qu’au gouvernement il y a des choses qui bougent. Medvedev a commencé à parler de démocratie. Poutine parle également d’installer des caméras dans tous les bureaux de vote. Bien que ce soit bête en fait. Imaginez : une caméra dans chacun des bureaux du pays ! Si on multiplie ce chiffre par 24 heures d’enregistrement, combien de temps faudra-t-il pour regarder toutes les vidéos et remarquer des falsifications ?! Mais bon, au moins il y en a, de la réaction…
Tatiana : On entend de nouveau des promesses. Mais on n’y croit plus.
Youriï : Il n’y en a pas.
Ekatérina : Elle est idiote.
Le Courrier de Russie : Qu’est-ce que vous espérez pour la Russie ?
Larissa : J’espère que la corruption disparaîtra et que le pouvoir comprendra son peuple.
Natalia : Je veux un autre tour de vote pour qu’il y ait une représentation de mes intérêts au Parlement. Ensuite, je veux une réforme du système électoral.
Andreï : De nouveaux gens au pouvoir. Tous les hauts fonctionnaires ne sont que des Poutine en miniature. Ils doivent partir.
Kiril : J’en ai assez de la bureaucratie. Je voudrais que tout le monde soit sur un même pied d’égalité face à l’administration.
Plus concrètement, je souhaite la destitution de Vladimir Tchurov [le président de la Commission électorale centrale, ndlr] et des punitions pour tous les présidents de Commissions de vote qui ont permis des fraudes sur leur terrain. Je veux que les observateurs ne soient plus exclus lors des prochaines élections présidentielles. Cela me suffirait.
Tatiana : Qu’elle ne soit plus dupée par son gouvernement comme elle l’a été toutes ces dernières années, y compris lors des élections parlementaires dont les résultats étaient falsifiés.
Youriï : Que toutes ces canailles au pouvoir partent !
Ekatérina : Que l’attitude du pouvoir envers nous soit comme envers des personnes et pas un troupeau de vaches.
Le Courrier de Russie : Poutine doit-il partir ? Si oui, qui pourrait prendre sa place ?
Larissa : Absolument, je suis pour le départ de Poutine. De nouvelles personnes doivent venir à sa place. Aujourd’hui on vit dans un régime autoritaire. Il y a de nouveaux visages mais ils n’ont pas encore eu d’opportunités faute de liberté d’expression. On a déjà Alexeï Navalny [le blogueur russe anti-corruption, ndlr] et Evguenia Tchirikova [la militante russe écologiste, ndlr], les autres vont venir : ce n’est qu’une question de temps.
Natalia : S’il est élu Président d’une façon honnête, il peut rester. La question : qui va voter pour lui après tous ces événements ?
Andreï : Oui. Poutine est le mal le plus important de notre pays. Quelqu’un comme Navalny pourrait devenir notre chef d’Etat.
Kiril : Poutine doit partir. Sinon d’autres n’ont pas de possibilité de prendre la parole. E tout cas, je ne pourrais nommer personne aujourd’hui qui puisse venir à sa place. Là, sur cette place, il a y beaucoup de monde : la plupart n’ont pas de parti et donc de représentants au Parlement.
Tatiana : Bien sûr que Poutine doit partir avec toute son équipe ! On a atteint la limite de notre confiance en cet homme. Même si aujourd’hui il devient un pur saint, il doit céder la place à d’autres. Si on commence ce processus de protestation, les candidatures vont apparaître.
Youriï : On peut remercier Poutine pour une seule chose : au début de son règne il a sauvé la Russie de l’écroulement. Mais c’est tout. Aujourd’hui il doit partir. Et la Russie est riche en talents : on trouvera quelqu’un de bien, et peut-être même parmi la foule rassemblée aujourd’hui.
Ekatérina : Je veux qu’il y ait un vote sans fraudes. Poutine doit partir suivant le résultat des élections ; mais je ne veux pas de Révolution.
Le Courrier de Russie : Pour qui avez-vous voté aux élections législatives ?
Larissa : Pour Russie Juste.
Natalia : Pour Yabloko.
Andreï : Ce n’est pas important pour qui j’ai voté. L’important c’est que ce n’était pas pour Russie Unie.
Kiril : Pour Yabloko.
Tatiana : Pour Yabloko, mais c’était juste un vote de protestation.
Youriï : J’ai voté pour les communistes, contre les pro-Poutine.
Ekatérina : Pour Yabloko.
- Larissa, 56 ans, comptable
- Kiril, 23 ans, ingénieur
- Andreï, 59 ans, médecin
- Youriï, 49 ans, officier de flotte
- La rue Sakharov à Moscou, le 24 décembre 2011
- Tatiana, 54 ans, professeur de maths
- Natalia et Ekatérina, étudiantes












