Des dizaines de milliers de personnes se sont réunies sur la place Bolotnaïa à Moscou samedi 4 décembre pour exprimer leur désaccord face aux résultats des élections parlementaires en Russie. La manifestation s’est terminée par une résolution qui accorde deux semaines au pouvoir pour satisfaire à cinq exigences, dont les principales sont l’organisation de nouvelles élections démocratiques et la libération des prisonniers politiques. Malgré les craintes, la police n’a arrêté personne, et la manifestation s’est déroulée sans heurt.
Environs de la place Bolotnaïa. 13h00–14h30
Les orientations politiques des personnes rassemblées lors de la manifestation s’exprimaient non seulement dans les mots d’ordre contre Poutine, Russie Unie ou Tchourov [président de la commission électorale, ndlr], mais également dans la diversité même des drapeaux exhibés par la population. Le plus exotique d’entre eux : un tricolore avec le profil de Lénine dans un coin et le signe Peace & Love dans l’autre. Ont été remarqués un petit drapeau de l’Armée de l’Air et un drapeau du mouvement LGBT, ainsi qu’une banderole du « Conseil des secrétaires des départements primaires du KPRF de Moscou » et le slogan des « monstrateurs » : « Liberté. Égalité. Tralalaïté. » Au centre du cortège s’est amassé un groupe de hippies en train de faire la fête.
Place de la Révolution. 13h00–15h00
Les manifestants ont commencé d’arriver sur la place de la Révolution au moins une heure avant le début du rassemblement. Rapidement, le nombre de gens présents s’est approché de mille. Les collaborateurs des forces de l’ordre étaient nombreux, mais se comportaient de façon correcte et polie.
À 13h20, les policiers ont commencé à appeler les citoyens -à l’aide de mégaphones- à se diriger vers la place Bolotnaïa. Il était assez difficile d’estimer la quantité de personnes rassemblées sur la place de la Révolution, vu que les gens ne cessaient de se déplacer vers la place Bolotnaïa, tandis que de nouveaux manifestants sortaient encore et encore du métro. À 13h40, la quantité des personnes présentes a dépassé les deux mille.
Les gens réunis près de la statue de Marx ressemblaient à un patchwork – depuis des anarchistes jusqu’à des nationalistes. Étaient également présents des petits actionnaires escroqués (ils portaient un gilet avec une inscription correspondante).
« Nous sommes ici parce que le gouvernement nous a volé et continue de mentir. Et maintenant, Poutine et Medvedev ont annoncé qu’ils voulaient le pouvoir pour encore 12 ans ! Nous sommes contre, et nous exigeons de nouvelles élections ainsi que la satisfaction de nos exigences », a déclaré le petit actionnaire Oleg.
Dès 14h00, de façon assez organisée, sont arrivés sur la place des nationalistes, dirigés par un des leaders du mouvement « Russes », Aleksandr Potkine. « Nous sommes ici pour exiger des élections honnêtes et libres », a expliqué Potkine.
Le premier des organisateurs de la manifestation à arriver sur la place fut Boris Nemtsov, immédiatement entouré par des journalises. Il a parlé des actions qui se préparent et a appelé à se déplacer vers la place Bolotnaïa. 10 minutes plus tard arrivait le député de Russie juste à la Douma fédérale Guennadiy Gudkov.
Est arrivée ensuite la leader du mouvement pour la défense de la forêt de Khimki Evgueniya Tchirikova qui, entourée de ses partisans et de journalistes, s’est également dirigée vers la place Bolotnaïa. « Nous nous rendons actuellement sur le lieu du rassemblement », a déclaré Tchirikova. « Dans le calme », a-t-elle répété plusieurs fois.
Après 14h30, Edouard Limonov a rejoint la place, accompagné de ses partisans – près de 150 personnes. Lui et son groupe ont refusé de se rendre sur la place Bolotnaïa et ont organisé une manifestation spontanée près du monument à Karl Marx. « Nous ne sommes pas allés là-bas parce que nous refusons de servir au Kremlin », a expliqué un des hommes de Limonov, intransigeant.
L’écrivain Zakhar Prilepine a lu une note d’Alekseï Navalniy, écrite depuis sa cellule de détention provisoire, où il purge 15 jours (l’adresse a ensuite été lue depuis la place Bolotnaïa par le journaliste Oleg Kachine). Navalnyi a appelé à « ne pas avoir peur de descendre dans la rue et d’agir ensemble contre « les escrocs et voleurs » ». La manifestation spontanée de Limonov auprès du monument n’a pas été dispersée.
Place de la Révolution – Place Lubyanskaïa – Novaïa Ploschad – Kitaïgorodskiy proezd. 14h15–15h00
Depuis la place de la Révolution, les gens marchaient en groupes de quelques dizaines vers Kitaï-gorod. Les colonnes s’étendaient, regroupant, selon diverses estimations, de trois à cinq mille personnes chacune. Bien que les policiers aient exigé la veille que les gens n’empruntent strictement que les trottoirs, les activistes n’y sont pas parvenus – et la police n’a rien fait pour les y forcer.
Il était impossible de se perdre en route. Le long de tout l’itinéraire jusqu’à la place Bolotnaïa se tenaient des cordons de police, avec un agent tous les mètres. Passé le proezd Kitaïgorodkiy, la foule s’est dirigée vers la place Vassilievsky spusk. Le trajet vers la Place rouge était bloqué par des camions de police. Les gens sifflaient en direction du Kremlin et s’avançaient sur le pont de Zamoskvoretche. Les voitures qui passaient à côté klaxonnaient en signe d’approbation.
Bolotnaïa ploschad.14h30–18h00
À environ 14h30, le meeting a commencé. Sur la scène, décorée d’affiches qui disaient : « Nous exigeons l’enregistrement des partis d’opposition », « La Russie sera libre » ou « Nous exigeons l’annulation des résultats des élections, est monté en premier le député du parti Russie juste à la Douma Ilya Ponomarev. Il a déclaré : « nous sommes près de 40 000, et la colonne qui arrive de la place Teatralnaïa recense près de 10 000 personnes », demandant de filmer le meeting en vidéo.
Avant d’expliquer comment le membre de l’opposition Udaltsov [Front de gauche, ndlr] avait été conduit de force en réanimation. « C’est une honte ! », « Liberté pour les prisonniers politiques », a commencé de scander la foule. « Nous sommes ici non au nom du sang, de la violence ou du fait d’être contre. Nous sommes ici POUR des élections honnêtes, POUR la liberté. Ce sont eux qui quémandent auprès des ambassades et transfèrent de l’argent à l’Ouest ! », a déclaré Ponomarev. Il a ensuite promis qu’il obtiendrait une rencontre avec le président et exigerait le recompte des voix.
Il n’y avait, même selon les estimations les plus modestes, pas moins de 15-20 000 personnes, et la foule ne cessait de grossir.
À la suite de Ponomarev a pris la parole l’écrivain Boris Akounine. Il a également exigé des députés de la Gosdouma qu’ils déposent leurs mandats.
Après l’écrivain, on a passé le micro au journaliste Oleg Kachine, qui a demandé à ses collègues présents sur la place de « ne pas se cacher derrière leurs cartes de presse », avant de lire la lettre d’Alekseï Navalniy. « Combattre pour ses droits est une chose facile et agréable. L’arme dont nous avons besoin est aux mains de chacun : c’est le sentiment de dignité personnelle, disait le message. On a trop longtemps persuadé les gens que la falsification des élections était le seul moyen d’avoir de l’eau chaude au robinet et des crédits bancaires ; mais maintenant tout a changé, disait encore la lettre de Navalniy. Un autre journaliste, Leonid Parfenov, s’est indigné : « Sur quelle base de politique informative l’administration présidentielle exerce-t-elle le pouvoir ?, avant de souligner : La télévision encense depuis bientôt 12 ans un seul héros. »
Entre-temps, la foule avait occupé toute la place, la berge en face, et s’était étendue jusqu’à l’hôtel Valtchug. Certains, pour mieux voir, grimpaient aux arbres. Monté sur scène, le politicien Vladimir Ryzhkov a déclaré que le meeting avait rassemblé au moins 80 000 personnes. La police moscovite a fait état, en bilan final, d’un nombre de 25 000 manifestants. D’autres organisateurs ont avancé les chiffres de 100 et 150 000.
Le nombre réel des manifestants était difficile à estimer. En effet, une partie des personnes présentes est partie au moment même où d’autres arrivaient. Selon les estimations des correspondants de Gazeta.ru présents lors du meeting, les chiffres de 50-60 000 sont les plus proches de la réalité.
« Russie Unie a fait un miracle !, a plaisanté le célèbre bloggeur nationaliste Konstantin Krylov. Il a réuni toute la population contre lui ! Lui et le magicien Tchourov ! »
À 17h00 environ, les gens ont commencé de se disperser. À l’inverse de ce à quoi on s’attendait, il n’y a eu qu’un seul acte de provocation : quelqu’un a jeté un fumigène dans un cabine de toilettes publiques ; mais le problème a été rapidement réglé par une femme à l’aide d’un balai.
Le meeting suivant, selon la résolution adoptée, est prévu pour le 24 décembre. Les manifestants ont accordé au pouvoir deux semaines pour réagir à leurs exigences.
Les autorités, pour l’instant, sont restées muettes. L’attaché de presse du Premier ministre Vladimir Poutine, Dmitry Peskov, face à la question de savoir si une réaction était prévue à ce meeting de plusieurs milliers de personnes et aux exigences des manifestants, a préféré ne pas faire de commentaires.
Une source au Kremlin a déclaré à Gazeta.ru que le président Dmitry Medvedev s’était exprimé sur le meeting à Prague. Medvedev y a déclaré que les citoyens avaient le droit de faire entendre leur position, notamment aussi par le moyen du meeting, mais que « tous les meetings doivent se dérouler dans des lieux strictement déterminés, et dans le strict respect de la loi. » Parallèlement, il a souligné qu’il ne voyait rien de contestable dans les résultats des élections.
D’autres sources au Kremlin assurent que la douceur de la police et la couverture du meeting en une de toutes les chaînes télévisées fédérales résultaient d’un ordre direct du gouvernement.
Le secrétaire adjoint du conseil général de Russie Unie, Andreï Issaev, qui promettait avant le meeting d’organiser une contre action avec des centaines de milliers de représentants des syndicats, a déclaré que les appels des manifestants seraient entendus, sans pourtant préciser de quelle façon.
À la fin du meeting, depuis les deux berges de la rivière, les manifestants scandaient : « Nous reviendrons ! ». Et les organisateurs ont demandé à toutes les personnes présentes de ramener au prochain meeting trois personnes de plus chacune.
Ce qu’exigent les manifestants :
- Libération immédiate des prisonniers politiques
- Annulation des élections falsifiées
- Démission de Tchourov et enquête sur tous les cas d’infraction et de falsification, condamnation des coupables
- Enregistrement des partis d’opposition, adoption d’une législation démocratique sur les partis et les élections
- Organisation d’élections nouvelles et honnêtes


Je crois que Poutine et Medvedev peuvent dormir sur leurs deux oreilles avec cette bande de pieds nickelés comme opposants. Il ne manquait plus que les shachliks…
Je me demande comment cette opposition va pouvoir se réunir et faire front vu les différents éléments qui la composent, que ce soit des nazis, des communistes, des monarchistes, des actionnaires escroqués, etc…