Victoire mitigée de Russie Unie, retour du parti communiste, recul du parti nationaliste : à quoi ressemblera la nouvelle Douma ? Que penser de ce que certains ont jugé être un vote de protestation, laissant pourtant la majorité des sièges au parti au pouvoir ? Suite aux résultats des législatives, Le Courrier de Russie a demandé à des opposants, partisans, journalistes et experts leur avis sur les élections.
Dimtry Olchansky, Journaliste indépendant et ancien rédacteur en chef de la revue Russkaïa Jizn :
« Les résultats des législatives sont très positifs, très intéressants, et assez surprenants. Il se trouve que Russie Unie n’a pas vraiment eu la possiblilité de frauder : je m’attendais à 100% de fraudes, or il n’y en a eu que 50%… Cela est lié à l’augmentation de l’influence de la société civile, que l’on a pu observer à travers un taux de participation s’élevant à 60%. Beaucoup de Russes, autant actifs que passifs politiquement, se sont mobilisés.
D’un point de vue européen, procédurier, les élections n’ont évidemment pas été démocratiques. Mais si l’on compare avec nos dernières élections en 2007, alors nous pouvons dire que nous avons eu nos premières élections démocratiques en Russie.
Ce n’est pas le parti communiste qui a remporté 20% des voix, mais l’opposition : le KPRF a récolté les votes de ceux qui ne voulaient ni de Russie Unie ni des autres.
L’administration présidentielle, qui a beaucoup d’influence au parlement, va désormais être obligée de prendre en compte l’avis d’autres partis que celui de Russie Unie : et c’est évidemment primordial dans l’établissement d’une démocratie.
Russie Unie a perdu en popularité, même parmi les masses passives. Avant, il était inenvisageable que la baisse de popularité du parti au pouvoir se reflète dans le résultat des élections et dans les décisions politiques. Dans le système russe, cela a une importance capitale : car ça n’était pas prévisible. »
Andreï Dounaïev, leader du parti Juste Cause (0,94% des votes aux législatives):
« Nous avons été bien sûr déçus par les résultats car nous n’avons pas passé le seuil des 7% qui permet d’entrer à la Douma. Il y a eu des fraudes massives : on nous a volé des voix dans l’oblast de Moscou et St Pétersbourg, et nous ne sommes pas les seuls.
Le résultat de Russie Unie est positif car le fait qu’il n’a pas atteint la majorité veut dire que le parti a perdu de son influence.
Malheureusement, le deuxième à avoir gagné les élections est le parti communiste, qui promet toujours beaucoup mais ne réalise jamais rien. Ils ont récupéré en majorité des votes de protestation : 10 à 12% des voix qui sont allées au KPRF correspondaient à des votes contre Russie Unie.
Le bilan à tirer de ces élections reste cependant la fin du monopole comme on le connaissait jusqu’alors. Le système politique du parlement ne va pas réellement changer, aucun nouveau parti ne fera surface : mais le pouvoir va désormais être partagé entre quatre partis.
Les décisions vont se prendre entre leaders de partis, mais toujours sans la société civile, alors que celle-ci pensait pour une fois avoir le destin de la Russie entre ses mains. La société civile en Russie existe réellement, mais pas la démocratie : il ne faut pas oublier que 40 millions de citoyens ne sont pas venus voter car ils pensaient que ces élections étaient une farce ! S’ils étaient venus, Russie Unie aurait encore perdu plus de voix.
Pourtant, ceux qui sont allés voter avaient l’intention de changer les choses : ces élections étaient deux fois plus démocratiques qu’il y a quatre ans, malgré les fraudes et les débats de la campagne électorale ont été respectés. »
Robert Schlegel, ancien Nachi -jeunesse poutienne- et député à la Douma
« Il n’y a pas eu de surprise, les élections se sont déroulées normalement et en adéquation avec les sondages effectués au préalable. La société civile est de plus en plus active, les Russes ont d’avantage confiance dans le bon déroulement des élections. J’ai été observateur lors des élections : les gens m’ont fait part de leur assurance, ils savaient que leur vote exprimerait leur voix.
En fait, il y a deux réalités aujourd’hui : le monde de l’internet, où les critiques fusent, et la réalité objective où les citoyens comprennent que le futur de la Russie est entre leurs mains.
L’émergence du parti Russie Juste (centre-gauche) et le retour du KPRF sont démonstratifs d’une tendance mondiale, pour un tournant à gauche. Les gens sont fatigués de la rhétorique nationaliste de droite [de Jirinovski par exemple qui a remporté 11,66% des voix avec le parti LDPR] et se tournent vers une autre opposition, renforcée elle-même par la crise économique : il apparaît une volonté de redistribution des biens et d’une politique qui protège des failles du système financier.
Le système politique russe est nouveau et continue de se construire. Durant les élections, les violations viennent de toutes parts, y compris de l’opposition : la responsabilité civile est un concept qui n’est pas encore arrivé à maturité en Russie et il arrive que les gens trichent. Les hommes d’affaires qui se sont convertis à la politique mettent aussi du temps à changer leurs habitudes.
Les fraudes ont toujours fait partie du paysage électoral : nous en avons eu cette fois-ci également, il faut l’admettre et punir les coupables, de quel que parti que ce soit. Précisons cependant que ces violations ont été minimes, elles n’ont pas influencé les résultats. Si les élections n’avaient pas été démocratiques, les résultats n’auraient pas reflété autant la réalité des sondages.
La dynamique est positive, on aurait pu obtenir les mêmes résultats qu’en 2007, mais ce n’est pas arrivé : on évolue. »
Andreï Lochak, journaliste indépendant
« J’ai été observateur dans l’oblast de Moscou lors des élections et je dois admettre que là où j’étais, la plupart des gens ont voté Russie Unie. Ca m’a beaucoup attristé. Pourquoi alors, la parti a-t-il fraudé ? A quoi ça leur sert ? Ils ne sont même pas capables de mener des élections correctement. Dans le bureau où j’étais, ils ont essayé de faire passer 12 votes blancs pour des voix de Russie Unie. 12 votes ! Quelle différence cela fait ? Pourtant, ça en fait bien une, au final.
Il faut des élections évidemment, mais la spécificité des élections russes, c’est la fraude. Et ajoutons aussi à cela l’inégalité des moyens devant la démocratie, notamment pour les partis en campagne.
Cependant les gens, petit à petit, commencent à croire aux élections : le taux de participation a augmenté. Le vote pour le parti communiste a été un vote de protestation que le tandem Poutine-Medvedev a lui-même créé en refusant d’enregistrer d’autres partis d’opposition tangibles. Le succès de Russie Juste est également très démonstratif : les gens ont rejeté à la fois Jirinovski et Russie Unie.
Le peuple est impatient de voir ce que va faire le nouveau parlement : les attentes sont grandes et le débat deviendra obligatoire. Le gouvernement va devoir se forcer à dialoguer avec les autres partis politiques, et Poutine n’y est pas habitué. Les pouvoirs législatif et exécutif vont enfin s’affronter. Ce sera au parlement de savoir écouter le peuple pour éviter une révolution. Mais malheureusement, je n’y crois pas vraiment… »
Sergueï Ryjenkov, Professeur de sciences politiques à Moscou et rédacteur en chef du site Demagogy
« La baisse de popularité de Russie Unie est un pas vers la démocratie. L’organe législatif va enfin pouvoir influencer la structure politique : lorsqu’un parti détient la majorité constitutionnelle, on s’adresse toujours à lui pour prendre de grandes décisions. Mais désormais, les partis vont avoir plus de marges de manoeuvre, sans peur du Kremlin, grâce au soutien des électeurs.
Bien sûr, il n’est pas exclu que le parlement soit corrompu par Russie Unie : mais la société civile, elle, est en marche bien que nous ayons dû faire face à des fraudes de la part du parti au pouvoir. Les sites internet interdits d’accès durant le week-end des élections [la radio Echos de Moscou, le quotidien Kommersant, et le site de l'ONG Golos, ndlr] auraient par exemple été susceptibles d’influencer le vote de la population contre Russie Unie. Sans compter les partis qui n’ont pas été enregistrés : la liberté politique est incomplète tant que ce phénomène perdurera.
Les conflits d’intérêt sont trop grands pour qu’une personne influente avoue qu’il y a eu fraude : Dmitry Medvedev est à la fois le président et le directeur des listes électorales. La police ou les juges dépendent de ceux qui organisent les violations…
Nous n’avons pas eu, cette fois, de résultats qui témoignent ouvertement d’un autoritarisme électoral ou d’une pseudo-démocratie. Russie Unie n’a pas vraiment gagné, et la tendance propre aux Russes d’admirer les gens qui sont au pouvoir et de les suivre à tout prix va changer. Je pense également que le vote pour les communistes était un vote de protestation : c’était une stratégie de la population pour contrebalancer la présence de Russie Unie au parlement.
Nous avons bel et bien entamé le processus de démocratisation. »
Sergueï Chargounov, Ecrivain, poète, et ancien numéro trois de la liste fédérale du parti Russie juste ( 13,17%)
« Le parti du pouvoir a échoué. Malgré de nombreuses fraudes, il a beaucoup perdu et se voit cette fois privé de la magorité constitutionnelle. L’essentiel est que la conscience des gens a changé : le pouvoir n’est plus aimé par tout le monde.
Les citoyens ne croient pas aux élections, nous votons seulement pour protester : n’importe qui sauf Russie Unie. Seulement, beaucoup de partis indépendants n’ont pas pu participer. Roïzman et moi-même sommes les preuves vivantes que l’on peut retirer n’importe qui d’une liste électorale sans préavis.
Mais la société va changer. Internet est de plus en plus utilisé pour protester et l’irritation de la population se fait entendre.
Je reste persuadé qu’un jour nous verrons des élections libres et démocratiques en Russie. »


Excellent article. Pour le coup, vous avez une approche différente de celle des journaux hexagonaux, et c’est une très bonne chose.
Protester pour protester ou pour faire quelque chose positif? Ce qui est pire, pour moi, c’est qu’il n’y a pas d’autres politiques, nouveaux, jeunes, créatifs. Ces 10 ou 20 ans on voit les mêmes visages. Et puis, 2 partis ou 20, les vainqueurs feront plutôt ce qu’il faut, pas ce qu’ils veulent. Autrement, nous deviendrons une deuxième Grèce.
Article très décevant et pas toujours bien traduit du russe. Cela tient d’un travail d’étudiant ! Ce ne sont pas des interviews mais de brèves réactions à chaud sans guère d’intérêt.
Ces élections auraient mérité une vraie table ronde, avec une vraie rélfexion. J’attends quelque de beaucoup plus consistant de la part du Courrier de Russie et non de pareilles platitudes ! Pourquoi n’avez pas interrogé de politilogues ? Cela n’en manque pourtant pas à Moscou ! Et pourquoi Яблоко et Справедливая Россия a-t-ils été écartés du champ de l’enquête ?
ayant écrit que l’opposition démocrate devrait se méfier des soutiens qu’elle reçoit de l’étranger,et notamment des officines anglo-saxonnes , mon texte a été censuré .
Bonjour monsieur,
Votre commentaire n’a pas été « censuré », simplement vous aviez commenté sur la photo et non pas sur l’article: http://www.lecourrierderussie.com/2011/12/06/russie-unie-vous-pensez-quoi/opposition-russie/
Je vous laisse le réécrire où bon vous semble si vous le souhaitez.
Et je précise que nous ne prenons pas parti, nous transmettons simplement des opinions.
Merci,
Nina Fasciaux
Rédactrice en chef du site internet
dire que les soutiens aux opposants » démocrates » venant de l’étranger représentent le plus souvent des ingérences érrangères dans les affaires russes est bien sûr mal vu . Je maintiens mon propos . Les manoeuvres des Etats-Unis et de l’OTAN pour établir des bases anti-missiles en Europe Est , bases dirigées soi-disant contre l’Iran et non contre la Russie , montrent bien que la Russie demeure une puissance ennemie aux yeux d’un grand nombre
de dirigeants américains et occidentaux . D’où les soutiens appportés aux opposants du gouvernement en place, jugé trop indépendant, pas assez manipulable.