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Boris Nemtsov : « Poutine est un ennemi du pays : il veut mourir au poste de président »

Boris Nemtsov, opposant et ancien vice-premier ministre sous Eltsine de 1997 à 1998, se dit néolibéral. Allié de Garry Kasparov au sein du parti Solidarnost, dont l’enregistrement électoral a été rejeté par le Kremlin, il fut en 2011 tour à tour emprisonné, interdit de quitter le territoire russe et surveillé par les autorités. Rencontre avec une figure de l’opposition à quelques jours des législatives.


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Boris Nemtsov, opposant et ancien vice-premier ministre sous Eltsine de 1997 à 1998, se dit néolibéral. Allié de Garry Kasparov au sein du parti Parnass, dont l’enregistrement électoral a été rejeté par le Kremlin, il fut en 2011 tour à tour emprisonné, interdit de quitter le territoire russe et surveillé par les autorités. Rencontre avec une figure de l’opposition à quelques jours des législatives.

Le Courrier de Russie : Y a-t-il une chance de voir gagner un autre parti que Russie Unie lors des prochaines législatives du 4 décembre ?

Boris Nemtsov : Non. En Russie, on n’a pas d’élections. Le choix s’est fait le 24 septembre, lorsque Vladimir Poutine s’est déclaré président éternel et Dimtry Medvedev futur premier ministre. Le reste, c’est une farce.

[lcdr] : Cela veut dire qu’aucun des partis enregistrés n’a de réel poids politique ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : Ils sont achetés par le Kremlin, financés par lui : personne ne peut critiquer Poutine, personne n’a le droit de parler ni de corruption, ni du Caucase, ni de l’argent volé par l’Etat. Il n’y a pas d’opposition.

[lcdr] : Et quelle est votre opinion sur le Kremlin ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : Poutine est un voleur, qui, entouré de ses amis, s’approprie impunément la Russie. Voilà ce que je pense. Tout est écrit dans mon livre intitulé Poutine, bilan, 10 ans.

[lcdr] : Ce même livre qui vous a valu une interdiction de quitter la Russie pendant 6 mois en juillet dernier ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : Oui, exactement. Mais le Parlement a finalement pris une résolution pour lever cette sanction…

[lcdr] : Vous étiez en France quand vous avez appris la nouvelle. Pourquoi être revenu quand même ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : C’est ma patrie ! Il ne faut pas avoir peur, il faut lutter. Protester.

[lcdr] : Quels moyens ont les citoyens ordinaires de protester ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : Le 4 décembre ne sera pas une journée d’élection, mais une journée de protestation. Nous proposons aux citoyens de ne pas voter pour tel ou tel parti, mais d’apposer une croix sur le bulletin de vote : alors, selon la loi, le gouvernement sera obligé de nous entendre. Si nous sommes plusieurs millions à faire ça, il faudra tout recommencer, car les gens auront choisi un parti sans représentants. Si nous sommes un ou deux millions, cela voudra dire qu’on a fait le premier pas et que les gens sont prêts à lutter [les bulletins invalidés ou les voix pour les partis qui ne passeront pas le seuil des 7% seront attribués au vainqueur, ndlr]. L’essentiel, c’est la mobilisation.

[lcdr] : Pourquoi n’y a-t-il pas d’autres moyens de se faire entendre ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : Les gens ont peur. Chez les Russes, la peur est ancrée dans les mentalités depuis Staline. Ils ont peur de perdre leur travail, d’aller en prison, de se faire prendre leur commerce.

[lcdr] : Et que leur répondez-vous ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : Que chacun peut trouver une niche de protestation correspondant à ses capacités : les plus braves vont sur la Place rouge, les autres peuvent s’exprimer sur internet… et tout le monde peut faire une croix sur son bulletin. Il y a deux jours, Vladimir Poutine s’est fait siffler par 22 000 personnes après un match d’arts martiaux dont il a félicité le vainqueur : les gens sont fatigués et commencent à le dire.

[lcdr] : Plus qu’avant ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : Ces dernières années, la cote de popularité du premier ministre a baissé de 15%. Les citoyens en ont assez : vous, quand vous en avez marre d’un dirigeant en Europe, vous le virez, c’est d’ailleurs ce qu’il se passe en ce moment en Italie, en Espagne, en Grèce… Ici aussi, les gens sont fatigués du « Poutine éternel ». Il n’est pas assez intelligent pour s’en rendre compte, mais on l’évincera du pouvoir, au final.

[lcdr] : Quand est-ce qu’il aurait dû partir, selon vous ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : En 2008, après deux mandats. On n’est pas au moyen-âge ! Même les Chinois, à y regardez de plus près, y arrivent mieux : ils n’ont pas de démocratie non plus, mais au moins, leurs leaders se succèdent périodiquement. Poutine est un ennemi du pays : il veut mourir au poste de président. La question est qui va mourir en premier, lui, ou la Russie ?

[lcdr] : A choisir, vous auriez préféré Dimtry Medvedev ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : Medvedev n’est personne. Un simple blogueur qui piaille sur Twitter…

[lcdr] : Le parti que vous dirigez avec Garry Kasparov, Parnass, a-t-il toujours un avenir politique ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : Nous songeons à nous allier avec un autre parti pour être plus forts, mais dans tous les cas, nous existons toujours.

[lcdr] : Sans enregistrement légal de votre parti, arrivez-vous à évaluer le soutien que la population vous porte ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : Nous avons 46 000 membres au sein du parti Parnass [le Parti de la liberté populaire, fondé par des opposants au pouvoir russe dont l’ex-Premier ministre Mikhaïl Kassianov et Boris Nemtsov, [ndlr]], et 12 000 à Solidarnost. L’an dernier, nous avons mené une étude auprès des Moscovites : selon celle-ci, ils sont 25% à vouloir nous soutenir.

[lcdr] : Vous travaillez avec d’autres partis, légalement enregistrés ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : Nous avons quelques contacts avec les députés des partis de Iabloko et Russie Juste, mais sans coopérer vraiment, car ils sont tous plus ou moins au service du gouvernement. Ils font partie du système et permettent à Poutine de continuer à gouverner.

[lcdr] : Quelle raison officielle vous a-t-on donnée lorsqu’on a refusé l’enregistrement de votre parti ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : Officiellement, de la paperasse ! Des irrégularités de forme. La vérité est celle-ci : si Poutine n’avait pas peur de moi, il y a longtemps que je serai enregistré.

[lcdr] : Et vous, vous n’avez pas peur ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : On m’a jeté de l’ammoniac au visage [lorsqu’il était candidat à la mairie de Sotchi en 2009, ndlr], on m’a mis en prison, j’ai eu des sanctions. Bien sûr que j’ai peur. J’ai des enfants. Mais je continue à lutter pour la cause commune.

[lcdr] : Les gens ne sont pas prêts pour une révolution.

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : Moi non plus, je ne veux pas de révolution. Mais il y a des moyens d’exprimer le fait qu’on est fatigué de Poutine pêchant des amphores, faisant du cheval, jouant au badminton…

[lcdr] : En quoi vous différenciez vous de la politique de Poutine sur la scène internationale ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : Je ne suis pas d’accord pour entrer en confrontation permanente avec l’Occident. Je ne suis pas d’accord pour soutenir des bandits tels que Mouammar Kadhafi ou Bachar Al-Assad. Je ne suis pas d’accord pour soumettre l’Europe à une dépendance énergétique, surtout que le gaz qu’on vend est beaucoup plus cher qu’ailleurs ! De manière générale, je ne suis pas d’accord pour être dans un rapport de force permanent avec le reste du monde : les pays Baltes, la Biélorussie, les Etats-Unis, etc. Le seul ami qu’on ait, c’est Nicolas Sarkozy…

[lcdr] : Vous êtes pour un rapprochement avec l’Europe ?

[abbr] Boris Nemtsov [/abbr] : Poutine veut qu’on ressemble aux Chinois. Mais il se trouve qu’on ressemble d’avantage aux Européens ! Il faudra un jour qu’on devienne amis.

 

 

9 commentaires sur “Boris Nemtsov : « Poutine est un ennemi du pays : il veut mourir au poste de président »

  1. Надежда

    Россияне потеряли интерес к Борису Немцову. Это не его вина!
    Мировое сообщество ОБЯЗАНО ОБРАТИТЬ ВНИМАНИЕ на регионы России.

  2. pravochka

    LCDR : En quoi vous différenciez vous de la politique de Poutine sur la scène internationale ?

    B.N. : Je suis pour vendre totalement le pays aux intérêts occidentaux, notamment pour l’aider dans ses guerres néocoloniales.

  3. nenDierofef

    Хай)
    Очень давно ищем samp нормальный серв, чтобы поиграть , помогите с выбором.
    Всем спасибо за ответы.

  4. Antomarchi Anne

    Comment donner de l’importance à ce Monsieur Boris Nemtsov ? et Monsieur Gasparov.C’est inconcevable.
    L’Europe est sous le parapluie des Etats unis. Que veulent les Russes ? subir et encourager une dangereuse ingérence étrangère ? Pourquoi ne pas voir ce qui se passe aux États-Unis ?, le pays le moins démocratique de la planète ?une personne peut être arrêtée, et jetée en prison sans autre forme ni procès ! allez voir ce qui se passe à Prison Vallée…69% des Américains savent ce qui se passe chez eux : c’est-à-dire que le pouvoir est dans les mains de quelques personnes sans foi ni loi… quand descendront ils dans la rue pour dire véritablement ça suffit ? vraiment les Russes se laisseront prendre par le mirage du rêve américain ? le réveil pourrait être brutal !! voir : une personne sur 6 meure de faim …dans le pays de l’oncle Sam. Les Russes veulent se laisser imposer une révolution de couleur ?Orange peut-être ? je ne le crois pas. Poutine est-il l’homme de la situation en Russie ? c’est aux Russes de répondre, s’ils ne sont pas satisfaits qu’ils le disent sans se faire « embarquer » par des étrangers…Je crois les Russes capables d’innover quant au genre de société qu’ils souhaitent pour eux. Sans copier ni l’occident, ni l’Asie.

  5. Yuliya

    Hélas, monsieur a tort: beaucoup de personnes que je connais (intelligentes) ne voteront jamais pour ces gens-là! Poutine n’est pas notre « De Gaulle » mais on n’a pas besoin de Boris, « Berluskoni russe » avec ses femmes et enfants, qui a un bon poste et gagne bien.

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