Enigma : « Je serai très certainement tué dans les prochains jours… »

Si vous trouvez l’auteur de ces lignes, envoyez un e-mail à enigma@lcdr.ru ou un fax à +7 495 690 01 28. Le premier à envoyer la bonne réponse gagnera deux billets pour le ballet  de Diana Vichneva au théâtre Stanislavski de Moscou le 16, 17 ou 18 novembre prochain ou un abonnement internet gratuit au journal de trois mois.

Illutration : Nikolaï Svertchkov, Tempête

«Pourquoi me poursuis-tu destin ?! Pourquoi ne suis-je pas né cent ans plus tôt ? Ou mieux encore : cent ans plus tard. Le mieux étant encore que je ne fusse pas né du tout. Aujourd’hui un type m’a dit : «  Au moins vous aurez de quoi raconter à vos petis-enfants ! » Crétin ! Comme si mon unique rêve était, sur mes vieux jours, de narrer à mes petits-enfants je ne sais quelle ineptie sur la manière dont je me suis retrouvé en haut d’une palissade !

Qui plus est, non seulement je n’aurai pas de petits-enfants mais je n’aurai même jamais d’enfants car au train où vont les choses, je serai très certainement tué dans les prochains jours…

(…) J’ai été mobilisé par le cinquième pouvoir en place.

Soir du … décembre 

Le cinquième pouvoir a été chassé et moi, j’ai manqué y laisser la vie… Vers cinq heures de l’après-midi, tout est devenu confus. Il gelait. On entendait crépiter des mitrailleuses dans l’Est des faubourgs. C’étaient « les leurs ». Celles qu’on entendait à l’Ouest étaient « les nôtres ». Des quidams passent en courant, armés de fusils. En gros : rien de méchant. Les fiacres vont leur chemin. J’entends des gens dire : « Le nouveau pouvoir est là… »

« Votre unité (comme si elle était à moi, bon Dieu !!) stationne dans la rue Vladimir. »
Je remonte en courant la rue Vladimir et je n’y comprends rien. Une vraie pagaille. Je demande à tout le monde où se trouve « mon »
unité… Mais tout le monde est pressé et personne ne répond. Et tout à coup, je vois des types, le bonnet orné d’une queue rouge, qui barrent la rue et se mettent à crier :

– Arrêtez-le ! Arrêtez-le !

Je me retourne : qui ça ?

A l’évidence : moi !

Alors seulement j’ai compris ce que je devais faire : tout bonnement galoper jusque chez moi ! Et me voilà parti à toutes jambes. Quel bonheur que j’aie eu l’idée de me faufiler dans un passage. Tout au bout : un jardin. Une palissade. J’escalade la palissade.

Les autres crient :

– Halte !

Mais si inexpérimenté que je fusse dans toutes ces guerres, j’ai compris d’instinct qu’il valait mieux que je n’obéisse pas. Et hop !
par dessus la barrière. Derrière moi : pan ! pan ! Et voici qu’un chien blanc, l’air mauvais et le poil hérissé, jaillit de je ne sais où, et se jette sur moi. Il s’agrippe à mon manteau, le déchire en lambeaux. Je me laisse pendre du haut de mon perchoir. Je me retiens d’une main à la palissade, de l’autre je brandis une boîte d’iode (200 g). De l’excellent iode allemand. Pas de le temps de réfléchir. Bruits de pas derrière moi. Ce chien va causer ma perte. J’ai détendu le bras et, d’un grand coup, lui ai flanqué la boîte sur la tête.

Instantanément le chien s’est coloré d’une teinte rousse, il a poussé un hurlement puis a disparu. Je traverse le jardin. Portillon. Ruelle. Silence. A la maison…

… Je n’ai pas encore réussi à retrouver mon souffle !

… Dans la nuit, des canons ont tiré, au Sud, mais à qui sont-ils, ça je n’en sais rien. J’ai une peine insensée pour l’iode.

Nuit du 2 au 3

Ce qui se passe est indescriptible… Le nouveau pouvoir a été chassé à son tour. Il ne peut rien exister de pire au monde. Grâce à Dieu. Grâce à Dieu. Grâce…

J’ai été mobilisé hier. Non, avant-hier. J’ai passé vingt-quatre heures sur un pont recouvert de glace. La nuit, avec le vent, la température tombe à moins quinze (sur l’échelle de Réaumur). Le vent a sifflé toute la nuit entre les piles du pont. (…) Nous, nous étions au milieu. Puis tout le monde a couru se réfugier dans la ville. Je n’avais jamais vu une telle cohue. Cavaliers. Piétons. Et les canons qui défilaient, et les roulantes. Sur l’une d’elles voyageait une soeur de charité. On m’a dit que j’allais être pris pour partir en Galicie. Alors seulement, j’ai eu l’idée de me sauver. »

L’auteur de la dernière enigma était : Karamzine.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>