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C’est qui le chef, ici ?, ou les ficelles de la culture d’entreprise à la russe

Yandex est le moteur de recherche le plus utilisé en Russie. Cosmopolitan est le magazine le plus aimé des Russes, et le mieux vendu sur le territoire. Alpha est la banque la plus ancienne et la plus réputée du pays. Les trois groupes, leaders dans leurs domaines, ont ouvert au Courrier de Russie les portes de leurs bureaux.


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Yandex est le moteur de recherche le plus utilisé en Russie. Cosmopolitan est le magazine le plus aimé des Russes, et le mieux vendu sur le territoire. Alpha est la banque la plus ancienne et la plus réputée du pays. Les trois groupes, leaders dans leurs domaines, ont ouvert au Courrier de Russie les portes de leurs bureaux.

Elena Bounina, directrice RH, Yandex : L’histoire de Yandex a commencé en 1997. À l’époque, nous employions quelques dizaines de personnes, on se connaissait tous. Aujourd’hui, nous sommes 2000, mais nous tentons de préserver l’ambiance vivante et décontractée des débuts. Nous essayons de faire en sorte que les employés se sentent, au bureau, comme chez eux. Les locaux de Yandex sont ouverts 24h sur 24 car certains de nos développeurs préfèrent bosser de nuit, et nous n’y voyons aucun inconvénient. Chez Yandex, on trouve toujours à manger : certaines collaboratrices veillent à ce que les frigos soient toujours pleins. Nous ne les appelons pas des « femmes de ménage », mais des « hôtesses ». D’ailleurs, au début, c’étaient les mamans de certains de nos informaticiens qui venaient faire la cuisine à leurs fils : pour qu’ils s’alimentent sainement !

En matière de dress-code, il n’y a qu’une seule règle : interdiction de venir nu au bureau !
Chez Yandex, les gens viennent travailler bien sûr, mais aussi se reposer : l’été dernier, pendant la canicule, beaucoup d’employés réservaient les salles de réunion pour la nuit : elles sont toutes équipées de climatiseurs, alors que les Moscovites n’en ont pas tous chez eux !

Ici, lors du lancement d’un projet, nous organisons beaucoup de réunions où chacun donne son point de vue. On échange, on discute, on trouve des compromis. Les décisions sont prises de façon collégiale, et les dirigeants les acceptent. D’ailleurs, notre directeur général préfère souvent, à son grand bureau, une table dans l’open-space. Il dit que ça lui permet de mieux ressentir la façon dont vivent et travaillent ses employés.

Anastassia Kojoumiaka, copywriter, Yandex : Je pense que la seule contrainte que l’on ait ici, ce sont les huit heures de travail par jour. Mais on peut commencer et finir quand on veut. Ce que j’apprécie le plus chez Yandex, c’est que personne ne dit : « Je suis le chef, et donc j’ai raison ». Les décisions sont véritablement prises en équipe. On nous demande aussi en permanence ce que nous voudrions améliorer dans l’organisation du travail, et nos remarques sont entendues. Tout le monde dit qu’après avoir travaillé chez Yandex, il est très difficile d’aller bosser ailleurs. Plus je suis là, plus je veux bien le croire.

 

Alexandra Badanina, rédactrice en chef, Cosmopolitan Russie : Il ne faut pas avoir peur de se tromper, c’est l’une des règles d’or de la rédaction. Car on n’apprend jamais mieux que d’après ses erreurs. Une fois, j’ai fait une énorme boulette dans un titre. Quand je m’en suis aperçue, à la publication, j’ai failli pleurer ! Mais la rédactrice en chef de l’époque m’a juste conseillé de faire plus attention la fois suivante. Ça ne sert à rien d’engeuler le fautif quand l’erreur ne peut déjà plus être réparée.

J’ai passé une semaine de stage à la rédaction de Cosmopolitan à New York. Là-bas, les journalistes sont bien plus ponctuels : ils ont des horaires fixes. À 10 heures pile, ils sont tous devant leurs ordinateurs, et à 19 heures, tout le monde est parti ! Ils rendent toujours leurs papiers en temps et en heure, et ne pourraient envisager qu’il en soit autrement… Chez nous, ça arrive. Mais il faut dire aussi que la rédaction new-yorkaise de Cosmo emploie beaucoup plus de monde que nous. Du coup, notre charge de travail est plus lourde.

Souvent, les gens pensent que travailler à la rédaction d’un magazine de mode, ça signifie nécessairement venir au bureau tiré à quatre épingles. Ici, chez Cosmo, seuls les commerciaux obéissent à cette règle. C’est normal : ils peuvent avoir jusqu’à six rendez-vous par jour avec des clients ! Les journalistes sont plus décontractées. Elles préfèrent souvent les ballerines aux talons hauts. Quant à moi, il m’arrive de me balader dans la rédaction pieds nus. C’est très choquant pour certaines de nos lectrices…

Elena Kalachnikova, assistante de rédaction, Cosmopolitan Russie : Travailler à la rédaction de Cosmo, pour moi, c’était vraiment un rêve, comme pour beaucoup de jeunes filles. Et m’y voilà ! Je suis très heureuse. Des aspects négatifs ? Vous me prenez au dépourvu, je n’en vois aucun… Si ! On est vraiment surchargé de boulot pendant le bouclage ! Mais le reste du temps, c’est le bonheur.

 

 

Andreï Chibanov, directeur RH, Alpha-bank : Nous sommes une des rares entreprises à encourager nos collaborateurs pour qu’ils lancent, en parallèle, leurs propres affaires. À seulement deux conditions : le business du collaborateur ne doit pas empiéter sur le temps qu’il consacre à Alpha-Bank, et ne doit évidemment pas non plus être source de conflits d’intérêts avec le groupe.

 

 

Evguéniïa Solodovnikova, manager : Au bureau, l’accès internet est limité : les employés ne peuvent pas surfer sur les réseaux sociaux. Mais je considère que c’est une bonne chose. Ça évite de perdre du temps, et permet de se concentrer sur son travail. D’autre part, nous avons notre propre réseau, interne, où les gens lancent des idées de vacances, des propositions d’initiatives humanitaires ou de bénévolat, inventent des concours. Bref, nous ne nous sentons pas du tout isolés dans nos bureaux.

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