Get Laid : Défense d’entrer

« Krysha Mira ? C’est le QG des toxicos. Le genre d’endroit où il vaut mieux arriver après 4 heures du mat’, avec déjà quelques grammes dans le sang. » Comment ne pas être tenté par un tour sur le « toit du monde » (traduction littérale de krysha mira) après cette description faite par un nouveau riche moscovite – on les appelle communément les nouveaux Russes – qui, à mon âge, roule en Audi A4 ? L’endroit est très sélect, me prévient cependant un autre nouveau Russe, consommateur de coke et propriétaire, lui, d’une BMW série 3. Et dire que je n’ai toujours pas le permis.

Première tentative : échec. Nous avions pourtant déployé des trésors d’élégance. Mais au Krysha, être tiré à quatre épingles ne suffit pas à s’attirer la sympathie des videurs. Nous nous faisons refouler comme des moins que rien, et je n’ai alors plus d’autre solution que de faire jouer mes relations pour espérer m’infiltrer la semaine suivante. Par chance, l’amie d’une amie a « un pote qui connaît quelqu’un qui a son nom sur la liste ». Coup de fil vendredi soir. Numéro inconnu. « Guillaume, ici Dimitri. Tu recevras demain un appel de Masha, elle te fera entrer. » Moi qui voulais simplement sortir en boîte, me voici apparemment en contact avec les services secrets.

La deuxième tentative est la bonne. Masha use de son laisser-passer et je pénètre enfin dans ce haut lieu de la nuit moscovite, au sens propre du terme : le Krysha occupe les deux derniers niveaux d’un ancien entrepôt situé non loin de l’Ukraïna, et il faut grimper pas moins de trois escaliers avant d’atteindre le lounge. Ici, on est censé trouver cocaïne, ecstasy et autres stupéfiants. Mais je me limiterai pour cette fois aux cocktails proposés sur la carte. Je commence la soirée par un whisky on the rocks (600 roubles) et termine la nuit sur un Summer Sling (450 roubles). Le thème de ce samedi est Goa, la destination préférée des nouveaux Russes. Tentures indiennes, coussins et tables basses forment des espaces confinés, permettant aux habitués, assure mon hôte, de se faire des lignes à l’abri des regards. Le compagnon de Masha attire régulièrement mon attention sur la présence de telle ou telle personnalité, que je suis probablement le seul dans le club à ne pas connaître. Au second niveau, sons électro véritablement électrisants. DJ Spyder embrase la piste. Et, de la piste, on accède à une terrasse offrant une vue imprenable sur les gratte-ciel de Moskva City.

Le jour est maintenant complètement levé. Il ne reste plus que quelques vieux beaux à l’affût d’une jolie poupée. Et quelques poupées, plus ou moins jolies, à la recherche d’un beau pas trop vieux. Sirotant, en terrasse, les dernières gouttes de mon cocktail, ébloui par les rayons du soleil qui réfléchissent sur la neige, je me décide à repartir. Dimanche, à l’heure de la messe au Christ Sauveur, sur l’autre rive de la Moskva, c’est aussi, pour les clubbers moscovites, l’heure du brunch, qui permet de reprendre des forces avant de tomber de sommeil. Moscou est décidément la ville du péché.

GUILLAUME CLÉMENT MARCHAL

Krysha Mira
1⁄2, quai Tarasa Chevtchenko
Métro : Kievskaïa, kryshamira.ru

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