Je suis en permanence, à Moscou, en quête de lieux calmes, permettant de passer des heures à discuter avec de vieux amis sans être obligé de hurler (la musique est partout à fond, comme si l’on n’était pas déjà assez abasourdi par les bruits du métro et de la rue). Avec mes copains de promo, nous avons finalement trouvé le petit bar Noor en pleine Tverskaïa.
J’ai d’abord eu la surprise de tomber, pour la première fois dans la capitale, sur un lieu sans mur de brique. À l’intérieur, rien d’exceptionnel : les mêmes tables en bois et chaises que l’on voit partout, mais l’ensemble donne une impression de confort. Même le nom du resto, Noor (« lumière », en arabe) m’a paru bien choisi. En effet, les murs jaunes, comme illuminés de l’intérieur, et le plafond bleu — plus bleu que le ciel moscovite — m’ont inspiré confiance dès le début. On sent tout de suite les ondes du Wi-Fi gratuit, les i-pads allumés des clients le confirment. Si la plupart des hôtes portent des lunettes, personne n’a pourtant l’air de s’ennuyer. En ce dimanche après-midi, le Noor bar n’est pas trop peuplé, nous choisissons donc la plus grande table.
- Tu te souviens du prof qui nous parlait de ses rencontres avec des extraterrestres ? Figure-toi qu’il est toujours là, il enseigne les relations publiques !
- Et l’autre, qui faisait des cours sur l’argot russe ?
- Aussi !
Je commande une tisane au thym (240 roubles). Nous discutons du bon vieux temps, et la tasse est juste assez grande pour réchauffer mes paumes. Rockeuse par nature, j’apprécie le léger bourdonnement d’Eric Clapton et des Stones.
- J’ai horreur de me remémorer les cours de philosophie !
- Et moi, j’ai failli rater mon examen de littérature, on m’a reproché de n’avoir lu Hesse que dans le métro, parce que je n’ai pas été capable d’expliquer correctement l’idée du Jeu des perles de verre !
Les plats arrivent assez vite. Visiblement, la quiche lorraine (180 roubles) m’attendait depuis la veille au soir. En revanche, le steak (670 roubles) et les salades (à partir de 350 roubles) étaient très frais. A part la salade César, inextirpable des cartes moscovites, il y a des salades au chèvre et à la roquette. La carte n’est pas très longue, mais propose tout de même des sandwichs et des soupes.
- Tania est maintenant chez Gazprom et Dina bosse à la télé.
- Moi, je fais un doctorat, soupire un des copains en sirotant du whisky (300 roubles/50 gr). Ça a l’air dur pour lui.
Les théières étant assez imposantes, elles nous suffisent pour toute la soirée. La serveuse, agréable et efficace, propose régulièrement de nous verser de l’eau chaude pour que le thé ne soit pas trop fort. Tranquilles, plongés dans une paresse toute dominicale, nous rechignons à quitter le bar.
VERA GAUFMAN
Noor Bar
Tverskaïa, 23
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www.noorbar.com

