Si les risques de tremblement de terre et de tsunami en Russie sont peu élevés, celui de l’impact de la situation au Japon sur la Russie, suite au séisme du 11 mars, l’est davantage. Alors que le bilan humain et matériel, au Japon, continue de s’aggraver, Le Courrier de Russie tente d’évaluer les conséquences économiques et financières que peuvent d’ores et déjà craindre les Russes.

En début de semaine, les analystes de Citigroup estimaient les dégâts de la catastrophe survenue vendredi 11 mars au Japon entre 60 et 120 milliards de dollars (1 720 à 3 450 milliards de roubles), alors que ceux de Credit Suisse avançaient des pertes de 170 à 183 milliards de dollars (4 880 à 5 260 milliards de roubles).¹ Pour Anatoliï Porokhovskiï, professeur d’économie à MGU, il reste toutefois « difficile de chiffrer, pour le moment, la reconstruction des régions détruites par la catastrophe, étant donné que la casse n’est pas terminée ». En tout état de cause, le retentissement sera de taille pour le pays du soleil levant, mais à quoi doit-on se préparer sur la rive opposée de la mer du Japon ? « Les conséquences pourraient, en fait, être positives pour la Russie, car la situation catastrophique au Japon et le manque qu’elle va engendrer sur le marché mondial pourraient servir d’impulsion à l’économie russe », répond l’interlocuteur du Courrier de Russie. En d’autres termes, si le reste du monde ne peut soudainement plus compter sur les produits made in Japan, il y a une nouvelle place à prendre pour la Russie.
Les relations commerciales entre la Russie et le Japon sont basées sur l’export de matières premières (de la Russie vers le Japon) et l’import de produits finis (du Japon en Russie). « La Russie vend au Japon des métaux, du charbon, du gaz et du pétrole, et importe des voitures japonaises, des produits électroniques, ainsi que du matériel de construction, détaille Anatoliï Porokhovskiï. Mais ces secteurs de l’économie ne seront pas touchés puisque les unités de production des entreprises japonaises, automobiles notamment, sont localisées pour la plupart hors du territoire nippon. » Les constructeurs Toyota et Nissan comptent notamment plusieurs chaînes de production en Russie et dans les pays de la CEI, et ce sont, au Japon, les secteurs dont les usines se situaient dans la partie secouée par le séisme – énergie, métalurgie, aciérie, chimie – qui, en toute logique, souffriront le plus.
Le professeur de MGU prévoit de nouvelles délocalisations d’entreprises japonaises, appartenant à d’autres secteurs d’activité, « dans le but de les protéger de tout nouveau tremblement de terre, mais aussi parce qu’avec la pénurie d’énergie provoquée par le dernier séisme, le Japon devra économiser au maximum ses ressources et donc faire tourner ailleurs ses usines ». Le séisme de magnitude 9 qui a ébranlé le nord-est du Japon le 11 mars, et déclenché un tsunami, était le séisme le plus important enregistré dans le pays depuis 140 ans. Nul ne sachant si et quand une telle catastrophe peut se reproduire, les entreprises japonaises pourraient donc être tentées d’aller s’installer en Russie voisine.
Le vice-président de la Douma et chef du parti libéral démocrate russe va plus loin. Dans une déclaration faite à la presse dimanche 13 mars, Vladimir Jirinovskiï a invité les autorités japonaises à envoyer leur population dans les espaces dépeuplés de Russie, de la Sibérie à l’Extrême Orient, « où peuvent trouver à s’employer des cerveaux et des bras, surtout japonais ».
Suite à l’explosion dans la centrale nucléaire de Fukushima, les indices boursiers japonais se sont effondrés, le Nikkei perdant, mardi 15 mars à la clôture de la séance, 10,55 points, et le Topix, 9,47 points. La réponse d’Anatoliï Porokhovskiï est, à ce niveau également, plutôt rassurante. Selon lui, « aucune conséquence sur la bourse russe n’est à attendre, car il y a peu de capitaux japonais en Russie : les capitaux proviennent essentiellement de la zone euro et des États-Unis ». Pendant que le Japon vit un cauchemar éveillé, les boursicoteurs russes peuvent donc dormir sur leurs deux oreilles.
GUILLAUME CLÉMENT MARCHAL
1 : Source RIA Novosti
