Domodedovo : Et maintenant ?

Retour sur l’attaque terroriste du 24 janvier 2011 à l’aéroport de Moscou Domodedovo et premières analyses sélectionnées par Le Courrier de Russie (3/3)

Les autorités dans l’embarras

Le 24 janvier, aucune information n’indiquait de rapport entre le mouvement rebelle Nord Caucasien et l’attaque de l’aéroport. Pourtant, de nombreux observateurs ont tendance à faire ce rapprochement. Domodedovo est l’aéroport international le plus sophistiqué de Russie, fréquenté par 22 millions de passagers chaque année. Si les rebelles sont derrière l’attentat, ils ont peut-être voulu démontrer leur capacité à frapper non seulement dans le Caucase du Nord, mais aussi dans la capitale russe.

Les rebelles ont réussi à fomenter un attentat dans le métro de Moscou il y a moins d’un an. Le 29 mars 2010, 40 personnes sont mortes dans ce qui est considéré comme un double attentat suicide. L’enquête sur cet attentat n’a jamais abouti à une conclusion claire quant à l’identité de ses auteurs et la façon dont il a été organisé. […] Au lieu d’une enquête en bonne et due forme et la comparution en justice d’au moins un des auteurs de l’attentat, le public russe a dû se contenter d’une évidence incertaine selon laquelle les agresseurs présumés avaient été tués. [...]

Alors que le président Medvedev et le Premier ministre Poutine ont promis en 2010, à de multiples reprises, d’améliorer les mesures de sécurité à Moscou et à travers le pays, le dernier attentat en date vient de mettre les autorités dans l’embarras.

Conséquences politiques

À la suite de l’attentat de l’aéroport ont été divulguées, aux agences de presse, des informations selon lesquelles les services russes de sécurité avaient été informés de possibles attaques. Cependant, une source des services de sécurité de l’aéroport a déclaré à LifeNews que le nombre d’officiers de la sécurité avait été réduit de moitié, tandis que « la police était là pour récupérer des pots de vin sur le dos des arrivants d’Asie centrale ». Toutefois, le porte-parole de la police Evgeniï Birioukov a réfuté, auprès d’Interfax, la révélation concernant une menace  d’attentat. Cette information contradictoire semble refléter les priorités conflictuelles et la lutte de pouvoir entre les services russes de sécurité, à commencer par le FSB et le Ministère de l’Intérieur (MVD).

Après les attentats de mars 2010 dans le métro de Moscou, le gouvernement russe avait annoncé le projet d’introduire un système d’alerte terroriste similaire aux mécanismes d’alerte de certains pays occidentaux. Cependant, le système n’a jamais été mis en place, même si les discussions concernant sa faisabilité ont repris (selon Gazeta.ru). Le gouvernement est peut-être peu disposé à avancer sur cette voie, car un système d’alerte augmenterait sa part de responsabilité dans le cas d’une attaque terroriste réussie malgré l’alerte.

Selon le leader d’opposition Boris Nemtsov, Vladimir Poutine s’est, dans le passé, servi des attentats terroristes de grande ampleur pour consolider son emprise sur la Russie. […] Il sera certainement plus difficile pour Poutine de se servir de ce dernier attentat : pas de Tchétchénie à conquérir, moins de libertés à restreindre. Et il ne reste plus beaucoup de pouvoir auquel Poutine pourrait sérieusement aspirer. Il y a fort à parier, toutefois, que la menace terroriste soit utilisée dans les batailles internes des élites russes au cours de la période électorale de 2011-2012. Si un lien entre le Caucase du Nord et l’attentat à la bombe de l’aéroport est établi, l’attentat renforcera, chez les Russes ethniques, la rancœur contre les peuples du Caucase. Il y a tout juste un mois, un pogrom à l’ancienne a eu lieu place du Manège, en plein centre de Moscou.

Risque accru de tensions

Si les dirigeants russes suivent la voie habituelle, l’attentat de Domodedovo pourrait bien contribuer à acccroître les tensions interethniques en Russie. Les sentiments anti-Caucase, déjà étalés en plein jour suite aux émeutes qui ont éclaté près du Kremlin le mois dernier, pourraient devenir encore plus forts, et les Russes ethniques qui vivent toujours dans le Nord Caucase, se sentir encore moins en sécurité. C’est un scénario que Moscou a toutes les raisons de vouloir éviter. Mais le peut-il ? C’est une autre question.

Les détenteurs du pouvoir, à Moscou, doivent faire quelque chose, mais ce qu’ils ne peuvent pas faire, c’est succomber à la tentation de se servir de la menace terroriste à des fins politiques. Dans les 14 mois à venir, les Russes éliront les membres de la Douma d’Etat, puis le président. […] En fait, le gouvernement a toutes les raisons de prendre la situation au sérieux et, cette fois, de faire quelque chose. Avant qu’il ne soit trop tard.

  • Sélection et traductions : Guillaume Clément Marchal

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