Spartak, champion ?

Suite aux affrontements survenus samedi 11 décembre à Moscou sur la place du Manège, l’hebdomadaire russe The New Times (Novoe Vremia) a publié, dans ses colonnes, un billet d’humeur vitriolé signé Viktor Chenderovitch – journaliste, écrivain, scénariste, et contestataire notoire.

Dites-moi, si une horde scandait en chœur : « F*ck le Caucase, f*ck ! » en portant des écharpes à l’effigie de Léonard de Vinci autour du cou ; si de tels gens sortaient les personnes « d’apparence non-slave » des wagons et les tabassaient sur le quai ; si ces gens, portant des écharpes au portrait de Léonard de Vinci, frappaient leurs victimes à terre jusqu’à les laisser pour mortes… pensez-vous que les mass media mettraient tout cela sur le compte des inconditionnels de la Renaissance ? Ou peut être arriverons-nous ici à la conclusion que le quattrocento (XVe siècle italien, ndt) n’a rien à voir avec cela, et qu’il faut commencer à nommer les choses par leur nom : le salopard, un salopard ; le nazi, un nazi ; le meurtrier, un meurtrier ?

Ceci étant dit, je pose la question pour la centième fois : Qu’est ce qu’a le Spartak (équipe de foot-ball moscovite, ndt) à voir la dedans ? Arrêtez ce bourrage de crâne !


Nous avons affaire à des salopards. Mort, Egor Sviridov est extirpé de sa tombe pour servir les desseins de nazis. La couleur de son écharpe et l’origine de son meurtrier n’ont de signification pour personne, si ce n’est pour les crétins et les salopards. C’est une guerre déclarée par des salopards, et dont les ruines de l’État démocratique sont le ferment. C’est une guerre pour laquelle ils ont accumulé des forces mais pas de raison.

La milice, entraînée à répondre aux attaques des partisans de Lioudmila Mikhaïlovna Alekseeva (activiste de 83 ans, ndt), a sombré dans une stupeur de plusieurs jours lorsqu’elle s’est vue confronter à un réel danger public : le pogrom en gestation, qui a eu lieu sur Manejnaïa, et qui était bien prévisible.

Et quoi ? Rien. Zéro.

Au centre de Moscou, là où les systèmes de surveillance (…), les fapsistes (membres du FAPSI, agence gouvernementale pour les communications gouvernementales et l’information, ndt) et les éfesbistes (membres du FSB, bureau fédéral de la sécurité, ndt) sont légions, les salopards préparaient gentiment leur massacre prémédité.

Qu’il n’y ait pas de milice à Moscou, c’était déjà clair depuis les dernières exactions des néo-nazis sur Lenningradski Chosse. Mêmes slogans, vitres cassées. Sauf qu’il n’y a pas eu de blessures trop sérieuses. La milice n’en a pas été froissée pour autant. « F*ck le Caucase, f*ck ! » en crépissant une échoppe de Chaourmas. En toute bonne foi, où voyez-vous l’extrémisme ?

Le b-a ba : pour arrêter les bandits il faut user de la force, car tout signe de faiblesse ne mène qu’à une escalade de la violence.

Samedi, pour son plus grand plaisir, la faction interdite Union Slave occupait Manejnaïa. Les forces de l’ordre étaient, elles, concentrées sur le serrage de vis pluriannuel d’autres mouvements « contestataires » : opposition wahhabite dans l’Oural, témoins de Jéhova et défenseurs d’un slogan extrémiste : « La liberté n’est pas donnée, elle est à prendre ».

Pour arrêter les néonazis qui saluaient le passage à tabac d’un caucasien, ni le FSB ni les pandores n’ont été assez forts.

La police a éprouvé des difficultés à protéger les victimes de la vindicte nationaliste, photo LiveJournal

Comme si de rien n’était, le 31, le Kremlin aura sa revanche ; il nous rappellera à tous qui dirige ici !

Pour peu, j’ai failli oublier : j’adresse un bonjour tout particulier à Sourkov (adjoint du directeur de l’administration du président, ndt) et aux autres fins technologues du Kremlin qui détournent la lumière divine de l’espace politico-légal de toute cette racaille nationaliste. Le parti Rodina, avec son clip préélectoral gorgé de pogroms hypothétiques – vous vous souvenez ? Rogozine (représentant permanent de la Russie à l’OTAN, ndt) a briévement travaillé pour l’opposition, et a vu son simulacre d’opposition récompensé par un haut poste en Belgique. D’un autre côté, les téléspectateurs sont restés dans la patrie, et leur sentiment de rage les oppresse… Il semble que Sourkov ait voulu grappiller quelques pourcents au parti communiste.

Toutes mes félicitations, Vladislav Iourevitch. Vous pouvez être satisfait. Mes meilleures salutations a vos opulents amis « antifachistes », toute la clique de Seliger (région où se déroulent les camps d’été des jeunesses pro-Kremlin, ndt) n’a pas daigné condamner Demouchkine et Tor (présidents des partis nationalistes, ndt), et a préféré se concentrer sur Alekseeva et Svanidze (opposants, ndt) ? Bravo !

Mon attention toute particulière à Jirinovsky (adjoint du président de la Douma, ndt) qui gagne des points et met le feu aux poudres…

Mais les félicitations reviennent surtout à nous tous, qui, de manière collective, avons contribué à rabaisser ce pays jusqu à ce qu’il devienne ce bordel écœurant.

Un article de Victor Chenderovitch publié par The New Times

Sélectionné et traduit par UGO PFENNINGER

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