Un article de la presse russe traduit en français pour Le Courrier de Russie.
Le Président sera élu sans enfreindre la Constitution
Vladimir Poutine s’est exprimé sur 2012

Le Premier ministre Vladimir Poutine a rencontré lundi les membres du club de discussion Valdaï qui ont constaté, dans leur bilan 2009-2010, une aggravation de la situation en matière de développement du système politique qui pourrait, selon eux, créer l’instabilité tant redoutée par les autorités russes. De son côté, M. Poutine a déclaré qu’il n’avait pas encore pris la décision de participer aux élections de 2012, et que sa décision dépendrait de la situation dans le pays.
À la rencontre de lundi du club Valdaï participaient des politologues, des experts et des journalistes de 17 pays. Ils ont transmis leur rapport « Index du développement de la Russie en 2009-2010 », qui reflète l’opinion générale des experts mondiaux éminents concernant la dynamique de développement de l’État russe. Le rapport mentionne une tendance, observée en Russie, à la stagnation et souligne l’aggravation de la situation en matière de développement du système politique qui, de l’avis des experts, pourrait précisément provoquer cette fameuse instabilité que redoute le gouvernement. On n’observe pratiquement aucun signe de modernisation, restructuration ou diversification dans le pays, quand le pétrole et le gaz y restent les sources principales de revenus, que la corruption perdure et que l’innovation est pratiquement inexistante.
Vladimir Poutine a, de son côté, exprimé lundi des opinions allant à l’inverse de ce qu’affirment ces conclusions. Aux questions de John Peet, rédacteur en chef de l’édition européenne de The Economist, sur la vivacité du processus de modernisation en Fédération de Russie, le Premier ministre a répondu : « dans l’ensemble satisfaisant ». Il a du reste souligné que l’un des indices clés de l’état de développement du pays était l’état d’esprit des citoyens, « qui se reflète directement dans la démographie » : « La natalité a augmenté, la mortalité a baissé : malgré la crise, l’horizon des projections s’élargit, les gens se sentent plus stables. » De l’avis du Premier ministre, la Russie a absolument besoin de conditions stables de développement, permettant un mouvement progressif vers l’avant. « Nous voudrions tous que ce mouvement soit plus puissant, plus efficace. Pourtant notre tâche n’est pas de créer des effets, mais d’aider à la formation de telles conditions, pour rendre possible ce développement progressif sans obstacle. Nous n’avons pas besoin d’obstacles, ni en haut, ni en bas, ni à droite, ni à gauche : nous en avons assez sauté, il y a vingt ans environ, dans toutes les directions », a déclaré Poutine.
À la question de savoir si le scénario d’un Vladimir Poutine se présentant aux élections en 2012 et remportant la victoire ne menacerait pas le système politique russe, le Premier ministre a répondu qu’il considérait prématuré d’aborder la question, soulignant cependant que rien ne serait fait à l’encontre de la loi et de la Constitution. « En son temps, aux Etats-Unis, le Président Roosevelt a été réélu quatre fois de suite, parce que cela ne représentait pas une infraction à la constitution américaine, a-t-il cité à titre d’exemple. Je présume que n’importe quel acte, s’il s’inscrit dans de la loi fondamentale, ne peut pas, par définition, porter préjudice au développement du système démocratique dans le pays. » Concernant le choix de savoir qui va se présenter à la présidence, lui ou Dmitriï Medvedev, le Premier ministre a assuré que la décision n’avait pas encore été prise. « Nous agirons en nous basant sur la situation réelle dans le pays. Il est encore trop tôt pour en parler. Chacun de nous fait son travail et, d’après moi, nous le faisons efficacement », a-t-il souligné.
C’est il y a un an que les membres du club Valdaï ont pour la première fois abordé la question de 2012. À la question se savoir s’il entrerait en concurrence, en 2012, avec Dmitriï Medvedev, le Premier ministre avait alors répondu : « Lui et moi sommes faits de la même pâte. De celle des gens qui s’assoient à une table et discutent pour se mettre d’accord en fonction de la situation » (voir Kommersant du 12 septembre 2009). Dmitriï Medvedev, à ce propos, avait déclaré au club que « pour lui, il n’excluait rien » (voir Kommersant du 16 septembre 2009). Il est vrai, une rencontre séparée, cette année, M. Medvedev et Valdaï, comme l’a annoncé lundi le service de presse du club, n’aura pas lieu. Cependant, le 10 septembre, le Président interviendra dans le cadre du Forum politique mondial de Iaroslavl, et participera à une table ronde des politologues, parmi lesquels figureront, parmi d’autres, les membres du club Valdaï.
Participant de la rencontre de lundi, le rédacteur en chef de la lettre française stratégique TTU, Arnaud Kalina, a indiqué à Kommersant qu’il n’y avait eu, dans l’ensemble, au cours de la discussion, pratiquement pas de moments de tension. Selon lui, les experts et journalistes étrangers n’ont pas posé les questions les plus brûlantes, et le Premier ministre Poutine a répondu avec beaucoup d’aplomb. L’expert note qu’à la fin de la rencontre, ses participants, autant russes qu’étrangers, se sont accordés pour conclure qu’elle n’avait pas été d’un immense intérêt.
- Un article de Maria-Luisa Tirmasté et Ivan Konovalov à lire (en russe) dans le quotidien Kommersant
- Sélectionné et traduit par Julia Breen
