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Société

Désir de lumière : Beslan ne perd pas espoir et se tourne vers le Président

Un article extrait de la presse russe traduit en français pour Le Courrier de Russie

Beslan ne perd pas espoir et se tourne vers le Président

Manifestations en Ossétie du Nord en mémoire des victimes de 2004

Les cérémonies de deuil en mémoire des victimes de l’assaut de l’école n°1, il y a six ans, à Beslan, ont pris fin vendredi. Parmi les responsables fédéraux, seul Alexandr Khloponine, représentant plénipotentiaire de la présidence dans l’okrug du Caucase Nord, s’est déplacé sur le lieu où ont péri 336 otages, et le haut fonctionnaire a quitté Beslan en un éclair, sans avoir rencontré les proches des victimes. Du reste, on attend toujours, en Ossétie du Nord, une enquête objective sur cet acte terroriste, les espoirs se tournant vers le président Dmitriï Medvedev.

Les cérémonies de deuil ont commencé, à Beslan, le 1er septembre. À 9h15, au moment précis où, six ans auparavant, les combattants commençaient de parquer les écoliers, leurs parents et leurs enseignants dans le gymnase, le son des cloches a retenti dans la cour de l’école. Les familles des victimes, debout près des portraits accrochés aux murs du gymnase calciné, ont éclaté en sanglots. Les femmes ont tendu leurs mains vers les images. « Pourquoi tu m’as laissée ?, a prononcé à voix haute une grand-mère en pleurs, soutenue par ses deux petits-enfants. Tu avais tout juste six ans, tu entrerais aujourd’hui en septième classe (équivalent de la quatrième, ndt) ! ». Les jeunes gens qui se tenaient debout dans la salle, camarades de classe des victimes, ne regardaient pas les photographies. Ils n’ont pas levé les yeux du sol, jonché d’œillets à l’endroit où bâille un énorme trou : c’est là, selon la version des enquêteurs, qu’a explosé une bombe tombée du panier de basket où elle était suspendue. Quand le président ossète Taïmuraz Mamsourov est entré dans la salle, personne n’a prêté attention à lui. Il s’est approché de la croix installée au centre, a posé un cierge et est ressorti. Les responsables politiques ossètes qui l’accompagnaient ont suivi son exemple : ils ont tous quitté la salle et ne sont pas resté pour se recueillir près des portraits des victimes.

Le jour suivant, le représentant plénipotentiaire de la présidence Alexandre Khloponine est arrivé tôt le matin à Beslan. Les proches des victimes, qui essaient, depuis sa nomination, d’obtenir une entrevue avec lui, n’y sont toujours pas parvenus. Monsieur Khloponine s’est directement rendu au cimetière depuis l’aéroport, avant de déposer des fleurs à l’école n°1 et de quitter tout de suite après la république. Une responsable du comité « Les mères de Beslan » indique qu’elle n’a été mise au courant de cette visite qu’après le départ de Khloponine. Le jour même, une croix orthodoxe a été installée dans l’école et le lieu où va être érigée l’église des Nouveaux Martyres russes a été béni.

Vendredi matin, près de 10 000 personnes se sont réunies dans le cimetière pour enfants de Beslan, « La ville des anges ». Les familles étaient assises sur les tombes des victimes, apportaient des fleurs fraîchement coupées. Il y avait dans le cimetière, par rapport aux cérémonies de l’année dernière, beaucoup d’enfants de moins de six ans (c’est-à-dire nés après l’acte terroriste). On explique, à Beslan, que les parents se rendent souvent sur les tombes des enfants décédés et emmènent avec eux leurs frères et sœurs ayant survécu. Quand le son du métronome, traditionnel pour ces cérémonies, a retenti et que, dans un silence complet, les noms des victimes ont été lus, une petite fille de trois ans a éclaté de rire. En l’entendant, les adultes ont commencé de sécher leurs larmes. Après la lecture des noms des enfants décédés, 336 ballons blancs ont été lâchés dans le ciel, correspondant au nombre des victimes de l’acte terroriste. « Cette année, nous n’avons pas organisé de conférence de presse comme on le fait habituellement, a déclaré à Kommersant une responsable du comité « Les mères de Beslan », Soussanna Doudieva. À quoi bon ? Nous avons le sentiment que ça ne sert à rien. De toute façon, personne ne nous entend. Ou bien personne ne veut nous entendre. » À la place d’une conférence de presse, les militants du comité ont distribué aux journalistes une lettre ouverte au Président russe Dmitriï Medvedev, dans laquelle ils expriment l’espoir que le chef de l’État fasse tout son possible pour que soit conduite une enquête objective sur l’assaut de l’école de Beslan. « Malheureusement, votre prédécesseur – Monsieur Poutine – même après nous avoir personnellement rencontrés, n’a pas montré d’intérêt pour cela, peut-on lire dans l’adresse. Nous ne sommes pas seulement victimes des terroristes, nous sommes victimes de l’irresponsabilité, du formalisme et de l’hypocrisie de certaines personnalités politiques bien précises, poursuivent les Mères de Beslan. Nous sommes victimes de la faiblesse, des mensonges et de la lâcheté des responsables des forces spéciales venues sauver les otages. » Ella Kessaeva, directrice du comité « Les mères de Beslan », a également demandé au Président de faire adopter une loi spéciale sur le statut des victimes d’actes terroristes.