Un article extrait de la presse russe traduit en français pour Le Courrier de Russie.

Poutine a participé à la lutte contre les incendies : le scandale continue et pourquoi les forêts brûlent-elles en Russie ?

La presse s’est jetée sur Poutine : l’action PR est un échec

La participation du Premier ministre russe Vladimir Poutine à la lutte contre les incendies – rien moins que depuis le fauteuil du copilote – a été sévèrement critiquée dans la presse. Le lendemain, les agissements du Premier ministre ont été largement débattus sur les blogs et sont devenus le thème inépuisable d’articles dans les éditions de presse établies. Poutine a été accusé d’avoir enfreint la loi et fait du PR politique ainsi que d’avoir gêné le travail des pompiers professionnels, ce qu’il n’est pas.

L’acte « héroïque » de Vladimir Poutine a été réduit à néant, lui-même a été jugé et accusé. De quoi ? D’abord de ce qu’il n’est pas pilote qualifié, et qu’il ne possède pas de permis pour conduire un avion. Il s’avère que Poutine, pendant le vol de l’avion amphibie BE-200, était là en observateur, bien qu’assis à la place du second pilote, a-t-on indiqué aux media. Pourtant, les photographies témoignent du contraire : le Premier ministre était assis sur le siège de gauche, celui de direction, et a pris à un moment les commandes de l’avion. Déduction logique : Poutine a enfreint la loi. Et, plus précisément, l’article 11.5, point 4 du code « Des infractions administratives de la Fédération de Russie » : conduite d’un engin volant par une personne ne possédant pas le permis pour le faire. Du reste, la sanction pour infraction à l’article en question est une amende de 2000 à 2500 roubles, et il est peu vraisemblable que le Premier ministre ait des difficultés à la payer. Mais combien d’ordures ont été déversées sur lui pour cela, et c’est toute l’action PR qui s’est ainsi retournée contre lui. En premier lieu, on écrit que le comportement irraisonné du Premier ministre aurait pu conduire à une catastrophe aérienne : on sait combien d’accidents le monde a connu du fait de telles infractions et de la présence d’étrangers dans la cabine de pilotage. De plus, il s’avère que, pour redorer l’image d’un Poutine en chute libre, on lui a assigné, au cours des terribles incendies, l’un des avions amphibies du MTchS, qui ne sont, en tout, qu’au nombre de quatre, dont seulement deux en bon état.

Tout particulièrement intéressant est l’article de Vedomosti qui écrit, notamment : « Les sondages s’écroulent : il est temps de s’emparer du gouvernail. Les conseillers en communication du Premier ministre ont assis hier Vladimir Poutine sur le siège du deuxième pilote d’un avion amphibie BE-200. D’après Interfax, l’avion, avec Poutine aux commandes, a versé de l’eau sur des foyers d’incendies dans l’oblast de Ryazan : deux fois 12 tonnes. Deux foyers d’incendie ont été éteints. Nous espérons que les incendies n’ont pas été entretenus, voire allumés, spécialement pour le Premier ministre (comme quand les pompiers font des démonstrations pour les chaînes de télévision, ainsi que l’a précisé Novaïa Gazeta). Nous espérons également que le Premier ministre, connu pour ne pas arriver à l’heure, n’a pas trop retardé le vol suivant du BE-200, étant donné que le MTchS n’en possède que quatre, dont seulement deux volants. Et puis même, vous rendez-vous compte du nombre de gens qui ont dû être mobilisés pour l’organisation de cette visite, les vérifications techniques, le respect des exigences de sécurité ? »

Commence ensuite la critique du PR politique, quand, quelques heures plus tôt, le président Medvedev déclarait : « Il ne faut pas faire de PR politique, il ne faut pas faire de la communication sur le malheur ». Il convient de remarquer que l’indignation de certains commentateurs n’a pas non plus de limite : les agissements héroïques de Poutine « pour la télévision » sont déplacés face à une telle tragédie ; les incendies, que l’on ne parvient pas à éteindre, emportent des vies, laissent les gens sans abri, et même les volontaires venus lutter contre le feu ne peuvent obtenir du MTchS et des autorités locales une organisation claire, des seaux ni des pelles. Ils peuvent tous envier le Volontaire en chef, à qui on a donné un avion…

Pourquoi les forêts brûlent-elles en Russie ?

Il faut observer que, depuis le début des incendies, les conversations ne tarissent pas sur le fait de savoir pourquoi les forêts russes brûlent avec une telle frénésie. On a répondu déjà des centaines de fois à ces questions. Comme il se doit, les réponses sont diverses et variées, parfois même saugrenues. Un responsable politique de province a annoncé le début de l’Apocalypse et rappelé l’existence des Quatre cavaliers. Les académiciens et représentants des organisations de défense de la nature sont persuadés que la Fédération de Russie ne remplit pas ses devoirs de protection des forêts. C’est-à-dire que, d’après les militants de Greenpeace, le gouvernement est lui-même responsable du jeu des éléments. Quoique l’on puisse dire, les faits parlent d’eux-mêmes. Le monde change et les cataclysmes climatiques ne sont qu’un début.

Encore un fait intéressant : d’après le journal Ryazanskie Novosti, le matin du 11 août, la zone des incendies de forêt éteints par Poutine en personne s’est transformée jusqu’à en être méconnaissable : les arbres touchés par le feu y ont reverdi et des fleurs ont poussé dans les clairières. « Cela ne s’explique par aucune raison naturelle : dans des conditions normales, les arbres ne peuvent pas reverdir à une telle vitesse, il faut des dizaines d’années pour cela. Et l’apparition de fleurs est tout à fait inhabituelle pour la mi-août, elles fleurissent au printemps. C’est un véritable miracle », a commenté pour le journal le recteur de l’Académie des biens forestiers Viktor Poustovoït. Par décision de l’administration de l’oblast de Ryazan, un parc thématique va être crée sur le lieu des incendies éteints par Poutine, même si les scientifiques insistent pour faire de la zone une réserve naturelle. Quoiqu’il en soit, si des fleurs poussent sur les cendres des incendies, ce sera bien utile à quelqu’un. Et peu importe que ce soit aux responsables locaux, à Poutine ou au Seigneur Dieu lui-même.

  • Un article à lire (en russe) sur le portail Globalist
  • Sélectionné et traduit par Julia Breen