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Indice biographique : écrivain russe reconnu sur le tard.

A écrit :

Sur certains liens entre la France et la Russie pendant la guerre : « Je découvris (…) l’énigme relative à la décision du gouvernement provisoire de ne pas signer, durant l’été 1917, une paix séparée avec l’Allemagne et de continuer la guerre. Au mois de juillet 1917, le ministre français, Albert Thomas, était venu à Pétersbourg et on lui avait soi-disant promis solennellement que le gouvernment provisoire « n’abandonnerait pas la France ». Les ministres russes et français étaient en effet liés par la franc-maçonnerie. (…) Même quand il devint clair, en septembre 1917, que la paix séparée pourrait sauver la révolution de Février, le serment maçonnique ne fut pas rompu ».

Sur Paris : « Paris n’est pas une ville, mais une image, un symbole de la France, son présent et son passé, le reflet de son histoire, de sa géographie et de son âme. Cette ville est plus riche de significations que Londres, Madrid, Stockholm ou Moscou, sûrement aussi riche que Pétersbourg, New York ou Rome. Il est impossible d’y vivre sans tenir compte de cette dimension, en se calfeutrant et en s’enfermant chez soi. Elle entrera de toute façon dans notre maison, dans notre chambre, en nous-mêmes ; elle nous transformera, nous obligera à grandir et à mûrir ou nous mutilera ; elle pourra aussi nous tuer. La ville est là, qui nous entoure, éternelle ; peu importe que nous l’aimions ou que nous la haïssions ; nous ne pouvons la fuir. Elle tisse autour de nous une toile et nous y engloutit ».

Sur les suicides d’écrivains : « Essenine aurait pu ne pas se suicider. (…) Sa fin n’était pas inéluctable. En revanche, toute sa vie, Tsvetaïeva alla au-devant de sa mort, à travers son amour imaginaire pour son mari et ses enfants, l’éloge de l’Armée blanche, la « bosse » qu’elle portait si fièrement, le mépris envers ceux qui ne la comprenaient pas, l’humiliation changée en un masque d’orgueil, le fiasco de ses engouements et de ses rôles éphémères qu’elle s’inventait. Ceux-ci étaient purement chimériques, et les épées, de carton, mais le sang qui a coulé était réel. » De même le suicide de Maiakovskiï était inévitable. (…) Dans son poème inachevé A pleine voix, Maiakovskiï lança d’abord des imprécations, ensuite un cri éperdu sur toute la Russie. Puis il se tut. Un coup de feu retentit et cette vie qui paraissait infinie se termina. Il n’avait pas l’habitude de céder, il ne savait ni ne voulait le faire. Un poète de cette trempe n’a pas de « position de repli ». En se brûlant la cervelle, il a anéanti toute sa génération. »

Ou leur mort : « La fin n’est pas toujours contenue dans le début, bien souvent elle est trop cachée pour qu’on puisse la déceler. En jetant un regard en arrière sur le XIXe siècle, on s’aperçoit que la mort de Pouchkine, celle de Lermontov et celle de Léon Tolstoï, qui ressemblent tellement à des suicides, étaient prévisibles. Si Tostoï était parti tout de suite après sa Confession, il serait mort en homme libre et serait allé jusqu’au bout de sa religion moralisatrice. Si Pouchkine avait quitté sa femme, la cour et Benckendorff, il n’aurait pas été amené à rechercher la mort. Tous les deux ont été victimes de leurs contradictions, Tolstoï de ses dissonances intérieures et Pouchkine de l’amour que portait sa femme à Dantès (…). Pouchkine avait construit sa vie sur un amour non partagé, sans se douter qu’il s’agissait là d’un mariage inauthentique et qu’une femme qu’on avait mariée « bon gré, mal gré » ne restait pas forcément fidèle. Pouchkine s’est fait tuer à cause d’une femme, sans savoir ce qu’était une femme. »

Son poème préféré :

Dans une rue de Berlin, la lune plonge
Dans une rue de Berlin, l’ombre s’allonge
Pareilles à des démons, les maisons surgissent de la nuit,
Entre leurs rangs serrés siffle le vent qui s’enfuit.
Esprit du jour, partez ! Filez !
Pensées diurnes, reculez ! Allez-vous-en !
Alors sur les sombres carrefours, telles trois sorcières
Hagardes, nous sortons de nos tannières.
Notre haleine et nos paroles n’ont rien d’humain.
Sur nous épaules voûtées poussent des têtes de chien.
Au fond de nos regards la lune verte nous guigne,
Excitant en nous une folie sèche et maligne.
Et sur l’asphalte luit le pâle reflet des étincelles qui crépitent,
Quand par-dessus nos têtes crissent les fils électriques.

Nous tenons à féliciter Rémy Paul pour avoir été le premier à trouver la réponse de la dernière enigma : Grégoire Orlick