Aucun tournant ne s’est produit dans les rapports russo-biélorusses : les intérêts nationaux des deux pays coïncident, ont déclaré à l’issue de leurs négociations du mardi 9 juin les ministres russe et biélorusse des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov et Sergueï Martynov. Pourtant, ce n’est pas ce qu’ont laissé penser les événements de la semaine précédente. Débutée par une joute verbale entre dirigeants politiques des deux pays, elle s’est finalement clôturée par l’interdiction russe d’importation de plus de 500 produits laitiers.
Samedi 6 juin, le Service fédéral de protection des consommateurs a indiqué que 500 produits laitiers biélorusses étaient désormais interdits à l’importation. Les services sanitaires du pays qui compte 10 millions d’habitants n’auraient pas procuré les documents certifiant la qualité des produits selon la nouvelle réglementation en vigueur depuis décembre 2008. C’est, en tout cas, ce qu’a annoncé le chef des services sanitaires de Russie, Guenadi Onichenko. Lundi, il a précisé à que 800 produits supplémentaires allaient s’ajouter à la liste.
« Moscou et Minsk déclarent la guerre du lait », titre aujourd’hui Nezavissimaïa Gazeta. Dans les colonnes du quotidien russe, Leonid Zaïko, chef du centre d’analyse biélorusse Strateguia, estime que cet embargo pourrait coûter jusqu’à 1 milliards de dollars. La réduction forcée de la production s’apparentrait selon lui à une « pression financière ».
Le lait biélorusse représente pour les consommateurs russes le meilleur rapport qualité-prix. Dans les rayons des magasins moscovites, il correspond en moyenne à 10% des produits disponibles. Les revenus du lait en Russie sont considérables. Un litre de lait peut rapporter jusqu’à un dollar, le litre d’essence ne représentant que 70 centimes.
Cette « guerre du lait » intervient dans un contexte de tensions entre la Russie et la Biélorussie. Les mains tendues de la Russie envers son allié sont fréquentes dans le contexte de crise. Fin avril, le ministre de l’économie Alexeï Koudrine en visite à Minsk avait proposé un prêt de 500 millions de dollars que la Biélorussie n’avait pas manqué d’accepter. Mais le président Loukachenko aime aussi à rappeler l’indépendance de son pays en multipliant les promesses de rapprochement avec l’Occident et l’UE ce qui, semble-t-il, irrite la classe politique russe.
- Aurore Charbonneau
- La guerre du lait en chanson
