Le Sommet Russie-UE se tenait ce matin à Khabarovsk. Coopération énergétique, pacte de sécurité, inquiétudes quant à la position de Bruxelles dans les relations tendues entre Moldavie et Roumanie… Les sujets chauds ne manquent pas en ce moment entre la Russie et l’Union européenne. Cependant, au regard de la nouvelle conjoncture mondiale, c’est toujours la question économique qui, comme au G20 de Londres en avril dernier, a dominé les discussions.
José Manuel Barroso, président de la Commission européenne, Vaclav Klaus, président tchèque dont le pays assure la présidence de l’UE, et Javier Solana, haut représentant de la politique étrangère de l’UE, ont retrouvé hier soir Dmitri Medvedev à Khabarovsk. Située en Russie extrême-orientale, la ville est aussi, selon les mots du président russe, « à la frontière orientale de cet espace commun que l’on appelle la grande Europe. » Divisée sur des sujets aussi cruciaux que ceux de l’énergie ou du problème moldavo-roumain, cette grande Europe était en tout cas disposée à discuter de sa lutte commune contre la crise économique mondiale.
Annoncée mercredi par l’assistant du président russe Sergueï Prikhodko comme le dossier principal du sommet, l’économie était, en effet, l’invitée d’honneur du dîner d’hier soir. Selon le président Medvedev, les convives sont cependant arrivés à la même conclusion peu rassurante que personne ne comprend, jusqu’à présent, les lois du fonctionnement de la crise économique. Tant en Russie que dans les pays de l’Union européenne, ses effets sont pourtant bien palpables. Le PIB de la Russie a baissé de 9,5% par rapport au premier trimestre de l’année dernière et de 23,2% par rapport au dernier trimestre 2008 ; en Europe, la Commission prévoit une réduction de 4% des économies de la zone euro cette année et de 0,1% l’année prochaine. C’est donc à la lumière de cette situation jugée tout aussi inquiétante que difficilement explicable de chaque côté de la grande Europe que les autres dossiers du sommet ont été abordés ce matin.
Alors que l’on apprenait en fin de matinée aujourd’hui que la rencontre de Khabarovsk s’est terminée sur une impasse concernant la Charte de l’énergie, Dmitri Medvedev s’est tout de même félicité du bilan du sommet, indiquant que les rapports entre la Russie et l’UE possédaient un caractère stratégique certain. Ce sommet aura, il est vrai, permis de montrer que les relations entre les deux puissances économiques ont bel et bien repris depuis le conflit en Géorgie de 2008. Cependant, quelle est la véritable portée du caractère stratégique évoqué par le président lorsque la perplexité l’emporte quant aux mesures économiques à prendre et qu’aucune avancée n’a été faite concernant une politique énergétique commune ? La Russie a, en effet, réaffirmé qu’elle ne ratifierait pas la Charte de l’énergie existante et a appelé à un nouvel accord pour assurer l’avenir de la sécurité énergétique. En signant la Charte européenne de l’énergie de 1991, la Russie donnerait accès à l’UE à ses pipelines mais les entreprises russes ne pourraient accéder librement aux pipelines européennes. Or, pour le chef d’Etat, « le secteur de l’énergie n’est pas un domaine conflictuel mais quelque chose qui doit nous unir. »
- Guillaume Clément Marchal
