Qui veut la peau des jésuites de Moscou ?

Mikhaïl Orekhov avoue avoir assassiné deux prêtres catholiques

Deux prêtres jésuites ont été tués à Moscou. Les corps des Pères Otto Messmer (47 ans), supérieur régional des jésuites de Russie et Victor Betancourt-Ruiz (42 ans) ont été retrouvés le 28 octobre dans l’appartement de leur communauté, rue Petrovka, à Moscou. Le Père Betancourt-Ruiz, Equatorien, était professeur de théologie et le Père Messmer, Allemand de la Volga, était à la tête de la petite communauté jésuite de Russie. Dix jours après, la police russe arrêtait un coupable présumé : Mikhaïl Orekhov, prostitué homosexuel, plusieurs fois condamné pour viol et cambriolage, aurait avoué les faits. A en croire son témoignage, il aurait rencontré Victor Bétancourt-Ruiz dans un club gay de la capitale. Les deux hommes se seraient rendus dans l’appartement du prélat où ce dernier aurait été tué par l’accusé avec une haltère. La cause serait l’« aversion subite » qui aurait envahi Mikhaïl Orekhov envers le prêtre catholique. Quelque temps après, Otto Messmer, inquiet de ne pas pouvoir joindre Victor Bétancourt-Ruiz au téléphone, serait arrivé dans l’appartement. Lui aussi aurait été assassiné par Mikhaïl Orekhov qui, après avoir bu tout l’alcool qu’il avait trouvé dans l’appartement, serait reparti chez lui dans la région de Tver.

Tels sont les premiers résultats de l’enquête, qui laissent pour le moins sceptiques certains membres de la Compagnie de Jésus, dont les victimes faisaient partie. Pour le père Stefan Dartmann, provincial allemand : « la reconstitution des faits présente de nombreuses absurdités et contradictions ». Il reproche notamment aux autorités de jouer de façon consciente avec les clichés homophobes et de dénigrer au passage l’Eglise catholique et les jésuites. Le plus grave, selon lui, est que le seul témoin connu de ces meurtres est la personne même qui est soupçonnée d’en être l’auteur. La compagnie de Jésus en CEI compte 25 religieux, dont 13 en Russie. Les deux prêtres assassinés collaboraient avec la paroisse catholique russe de Saint Pierre et Paul hébergée dans l’église Saint Louis des Français et dirigeaient l’Institut Saint Thomas d’Aquin de formation théologique pour laïcs. Au-delà de l’émotion, l’Eglise catholique déclare avoir subi un traumatisme grave. L’onde de choc est parvenue jusqu’au Vatican, où l’on espère que le tribunal et la société prononceront dans leurs conclusions un « jugement juridique et moral objectif ».

Ce double meurtre a été perpétré pendant le pèlerinage en Russie du cardinal André Vingt-Trois, président de la conférence épiscopale des évêques de France, qui répondait à l’invitation du Patriarche de Moscou Alexis II. L’objet du voyage était, pour les catholiques, de mieux connaître l’orthodoxie et de rendre hommage aux martyrs de l’Eglise russe pendant l’époque soviétique. Entre les visites des cathédrales du Kremlin et du monastère de Sergueï Possad, les prélats français se sont recueillis sur la tombe du Père Alexandre Men, prêtre orthodoxe du Patriarcat de Moscou, assassiné à l’arme blanche le 9 septembre 1990. Un évêque français, Mgr Riocreux de Pontoise, présent en Russie durant cette semaine dramatique, veut voir dans ces assassinats de prêtres « un signe du don total de ceux qui s’engagent au service du Christ ». Après avoir présenté ses condoléances le 29 octobre au cardinal André Vingt-Trois, le patriarche Alexis II a déclaré : « Notre devoir commun est de prier ». La présidence russe a également envoyé des condoléances à l’Eglise catholique, dont le texte a été lu en chaire à la cathédrale de l’Immaculée Conception à Moscou lors de la messe de Requiem.

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