Bulba, Chagall et Bisons

Dix mots clés pour comprendre la Biélorussie

1.  Ordre. Si les Allemands passent pour les rois de la propreté, les Biélorusses pourraient aisément leur faire concurrence. Difficile de trouver une capitale aussi bien entretenue que Minsk. Sur les pavés, pas l’ombre d’une poussière et si quelqu’un fait tomber une pomme, il la ramasse et la mange sans même la nettoyer.

2. Silence. En revanche, Minsk pourrait difficilement passer pour la ville la plus festive du monde. On y trouve peu de boîtes de nuit ou restaurants ouverts après 22h. Dès la nuit tombée, les rues se vident, pour ne se remplir qu’au matin.

3. Langue. La Biélorussie a deux langues officielles : le russe et le biélorusse. Le premier est maîtrisé par la majorité de la population tandis que le deuxième reste l’apanage des spécialistes et des habitants du milieu rural. Le russe et le biélorusse sont très similaires. Ils appartiennent au groupe slave oriental de la famille des langues indo-européennes. Les Russes et les Biélorusses se comprennent aisément sans interprète.

4. Karatkievic. Pourtant, ces derniers temps, le biélorusse perd progressivement son statut de patois sans valeur. Les jeunes branchés de la capitale citent volontiers les poètes biélorusses, Uladimir Karatkievic en tête. Objet d’une immense fierté nationale, Karatkievic est né en 1930 à Orsha, dans la région de Vitebsk. Avant de se tourner vers l’écriture, il a longtemps enseigné le biélorusse dans des écoles de villages. Son premier poème fut publié en 1951. Il a également publié des romans qui éclairent le passé tourmenté de la Biélorussie, notamment l’insurrection paysanne de 1863 ou la lutte conre l’occupant nazi lors de la deuxième guerre mondiale. Karatkievic n’a cessé de se heurter à la pression des autorités soviétiques qui n’appréciaient pas l’esprit libre de ses œuvres. Pour la petite histoire, l’écrivain n’a pas été autorisé à appeler un de ses romans « Léonides » car c’était le nom du secrétaire général du Parti Communiste Léonide Brejnev. Karatkievic eut beau expliquer que c’était le nom des météorites qui font le tour de la Terre une fois tous les 65 ans, le pouvoir rouge resta de marbre.

5. Khatyn est le nom d’un village autrefois situé sur la route de Logoisk, à 54 km de Minsk. Le lieu abrite aujourd’hui un Mémorial dédié aux victimes de la Deuxième Guerre Mondiale. Le 22 mars 1943, des troupes SS parquèrent les 129 habitants de Khatyn dans une grange de bois et y mirent le feu. Ceux qui s’arrachaient au brasier étaient mitraillés à bout portant. Josef Kaminski fut le seul survivant du massacre. Une statue de granit noir, qui le représente portant un enfant mort dans ses bras, accueille les visiteurs du Mémorial. 186 villages biélorusses connurent le même sort tragique que Khatyn. Un quart de la population biélorusse fut exterminé pendant l’occupation nazie.

6. Bulba. Les pommes de terre, frites ou bouillies, salées ou sucrées, en plat principal ou en dessert, sont toujours à l’honneur sur la table biélorusse. La cuisine traditonnelle recense plus de vingt mets à base de bulba (« pomme de terre » en biélorusse) et l’un n’imite jamais l’autre. La Biélorussie possède également une longue tradition de fabrication de chocolat. Sa gamme est très variée et son goût ne cède en rien à son analogue suisse. Dans les magasins d’alimentation, il est même possible d’acheter du chocolat au poids. Tout comme les Russes et les Ukrainiens, les Biélorusses n’hésitent pas à beurrer, huiler et agrémenter de lard leurs plats : le résultat est effectivement un peu gras, mais très nourrissant et délicieux !

7. La Bialowieza est ce qui reste de l’immense forêt qui recouvrit les plaines d’Europe après la dernière période glaciaire. Elle s’étend le long de la frontière entre la Biélorussie et la Pologne sur une superficie de 150 ha. La Bialowieza est restée relativement protégée de l’influence humaine, constituant aujourd’hui l’exemple le plus vaste et le mieux préservé de la forêt européenne primaire. Ce site, classé au patrimoine mondial de l’UNESCO, est une réserve naturelle. Elle permet aux scientifiques de se faire une idée de ce que pourrait être la forêt sans l’activité humaine ou avec une gestion plus respectueuse de l’environnement. Plusieurs espèces animales, dont des bisons, ont été reintroduites dans le massif pour y vivre en liberté. En 1991, la Bialowieza accueillait les présidents russe, biélorusse et ukrainien pour la signature de l’accord qui mettait fin à l’Union Soviétique.

8. Nostalgie. Et cependant, le vent des drapeaux rouges souffle toujours sur les rues de la capitale biélorusse. La place centrale est ornée d’une immense banderole affirmant que « L’exploit du peuple est immortel », sortie tout droit des livres et films soviétiques. Les services secrets biélorusses, à la différence de leurs collègues russes, n’ont pas changé de nom et s’appellent toujours KGB. Les rues continuent également de porter leurs noms d’après 1917. Aux « ounivermags» (grands magasins du temps de l’URSS), les clients sont accueillis par des employées en bonnets et robes cramoisi, costume très en vogue à l’époque de Brejnev.

9. Juifs. A l’époque des tsars, la Biélorussie fut une des régions de l’empire où les Juifs étaient autorisés à habiter. Leur nombre a pu représenter jusqu’à 15% de la population globale. Plusieurs villes biélorusses sont devenus des centres importants de la culture juive et ont donné naissance à quelques mouvements religieux influents. Marc Chagall, originaire de Vitebsk, propose dans ses toiles les images poétiques et troublantes de la vie des villages juifs.

10. Flicker. Ce terme anglais désigne la bande fluorescente que les habitants de Minsk sont obligés de porter sur leurs vêtements dès la nuit tombée. Selon Aleksander Loukachenko, cet objet cocasse permettrait aux citoyens de se sentir plus en sécurité dans les rues, les rendant mieux visibles aux automobilistes… Les risques d’accident seraient réduits !

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