Tatiana et Svetlana sont de jeunes employées de Greenpeace Russie. Chevilles ouvrières du programme «ressuscitons notre forêt» conçu en 2001, elles font régulièrement la tournée de 200 écoles des régions très déboisées de Tula, d’Orel, Belgorod et Lipetsk, ainsi que de la campagne au sud de Riazan. Nous les y avons suivis. Pour sensibiliser les enfants aux enjeux environnementaux, ces botanistes de formation aident les écoles à planter, à côté du traditionnel potager, une pépinière de petits arbres : pins, sapins, hêtres, frênes et chênes surtout, mais aussi une dizaine d’autres espèces afin de favoriser la biodiversité. Lorsqu’ils ont atteint l’âge de survivre en milieu hostile, on les transplante dans la nature, au cours de camps d’été d’une journée, début septembre.
À cette occasion, et quoi qu’il soit formellement déconseillé de jouer avec le feu, les pédagogues organisent des simulations au cours desquelles les apprentis naturalistes se mettent dans la peau de jeunes pompiers. Une manière de leur passer l’envie de brûler l’herbe sèche, une tradition dévastatrice. Enthousiastes, les bambins racontent leur amour des arbres à travers des dessins qui auraient parfaitement leur place dans une campagne officielle de prévention des feux de forêt. D’après Tatiana, « ce projet convient particulièrement aux enfants de 10 à 13 ans, qui sont curieux et ne pensent pas encore à leur carrière ou à l’argent, ni à se montrer beau et intelligent. »
Or, même dans l’espace protégé de l’enclos, leur survie est précaire. Elles ont à peine germé qu’elles risquent de geler, puis de brûler, ou d’être volées ! C’est ce dont se plaint Olga Gueraguievna, directrice de l’école de Neznanov : « Je suis prête à les donner, ces arbres. Peu importe l’endroit où ils poussent. Mais les gamins préfèrent chaparder, ils trouvent cela plus drôle ».
L’administration de la région suit ce projet d’un œil bienveillant, notamment parce qu’il participe à la reconstitution du bouclier vert autour de la ville de Riazan, mais aussi parce les services municipaux peuvent parfois bénéficier de l’expertise des sylviculteurs en herbe, par exemple pour installer des espaces verts autour de monuments historiques dans les quartiers. A terme, les coopératives agricoles devraient hériter de la responsabilité du projet.
Depuis un an, Greenpeace s’occupe également de la promotion dans les établissements publics de régulateurs de consommation d’énergie (détecteurs de mouvements, de sons, mais aussi simples minuteries). Igor, géologue de 29 ans, s’occupe pour sa part de repenser l’isolation des écoles, du lac Baïkal à la région de Riazan. « Nous sommes encore loin des normes européennes de haute qualité environnementale. Quand on arrive dans des bâtiments construits il y a trente ans où les températures intérieures sont inférieures à zéro degré l’hiver, la priorité c’est d’augmenter cette température. Si on arrive en plus à diminuer la consommation de gaz, c’est une immense victoire. Le problème, c’est que quasiment personne n’est incité à économiser de l’énergie, puisque l’Etat paye encore le chauffage, l’eau et l’électricité. Or l’Etat ne semble pas pressé de lancer la course au gaspillage, comme le prouve la photo prise avec un appareil thermique montrant les pertes de chaleur dûes à la mauvaise isolation des fenêtres de la Douma. Les statistiques officielles admettent une surconsommation d’énergie dûe au gaspillage de l’ordre de 40%. L’idéal serait que les écoles qui permettent à l’Etat d’économiser de l’argent par leurs consommations citoyennes reçoivent en retour des surplus budgétaires, ce qui serait une incitation à s’engager plus loin dans la voie de l’écologie, en commençant par rationaliser l’éclairage et la consommation d’eau ».
